Un changement génétique ? Une contamination ? Une forme sporadique ? L’apparition de formes atypiques d’encéphalopaties spongiformes transmissibles chez des bovins ces dernières années continue de laisser les scientifiques perplexes. Les interrogations restent également nombreuses devant la découverte de formes atypiques de tremblante chez certains petits ruminants.
Pour la sixième année consécutive, les laboratoires Bio-Rad ont organisé un colloque consacré à l’actualité des maladies à prion, le 13 décembre à Paris. Thème principal de l’édition 2006 : les cas atypiques de maladies à prion détectés chez les bovins et les petits ruminants.
Depuis 2004, 29 cas atypiques d’encéphalopathies spongiformes bovines (ESB) ont en effet été décelés en Europe, rappelle Thierry Baron (Afssa-Lyon) : en France, aux Pays-Bas, en Pologne, en Allemagne, en Suisse ou en Suède. Même l’Amérique du Nord est concernée : deux cas ont été découverts aux Etats-Unis et un au Canada. A chaque fois, deux profils moléculaires sont en cause, appelés « type H » et « type L » par les scientifiques. En observant le système nerveux central des animaux atteints, les spécialistes des prions constatent la chose suivante : la localisation des lésions cérébrales diffère des cas classiques d’ESB, ainsi que celle des dépôts de la protéine prion (PrPres). Les temps d’incubation sont également bouleversés. Injecté à des souris, l’agent infectieux n’agit qu’au bout de 700 jours, contre 400 habituellement. Pour Thierry Baron, le « type L » pourrait se révéler davantage pathogène pour les bovins que l’agent infectieux impliqué dans les cas d’ESB typiques. Mais rien ne permet encore de le savoir.
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Etude rétrospective
Afin d’y voir plus clair, la France s’est engagée dans un travail de « réanalyse » des cas d’ESB enregistrés sur son territoire. 40% du travail a déja été fait, mettant en évidence 12 cas atypiques. En moyenne, 1 à 4 cas atypiques d’ESB sont décelés sur 3 millions de têtes de bovins testées annuellement, poursuit Thierry Baron. Le scientifique de l’Afssa considère qu’il est « important» d’évaluer le potentiel de transmission de ces formes atypiques et, bien entendu, leur pathogénicité.
Au sein des maladies à prion, l’ESB n’est pas la seule à présenter de telles étrangetés. La tremblante des petits ruminants est également concernée : 51 cas atypiques de temblante ont été détectés en France et près de 300 dans treize pays européens depuis 2001. Ces cas présentent-ils une pathogénicité plus importante ? La maladie est-elle contagieuse ? Quelle est la répartition de l’agent infectieux dans l’organisme des ovins ? A ces questions, la science est incapable de répondre à l’heure actuelle explique Olivier Andreoletti (Ecole nationale vétérinaire de Toulouse). Seule certitude : le profil génétique des petits ruminants n’est plus un rempart infaillible contre la maladie. On a en effet longtemps cru que les animaux homozygotes ARR/ARR étaient génétiquement résistants à la tremblante. Des expérimentations ont démontré le contraire avec certaines formes atypiques de la maladie. Faut-il pour autant abandonner le programme de lutte utilisant la sélection génétique, lancé en 2002 ? « Non», répond Olivier Andreoletti. « Le programme français est très important pour réduire la circulation (de l’agent infectieux impliqué dans la tremblante classique) dans les troupeaux français et même dans les produits alimentaires. C’est notre meilleure protection », estime le scientifique. Des adaptations de la politique sanitaire peuvent toutefois être apportées, précise-t-il, « car il faut considérer que la tremblante implique un groupe complexe d’agents ».