De l’avis de Serge Papin, le rapport Chalmin et la rencontre sur les relations commerciales le 21 novembre auront servi à décrisper le débat entre les membres des filières alimentaires. Il n’est pas le seul à le penser et c’est très bien. Les grandes surfaces ne font pas les marges faramineuses que l’on soupçonnait même si elles ne sont pas indemnes de tout reproche, loin de là. Benoît Hamon a annoncé vouloir se charger d’un travail de justicier en donnant les moyens à la direction de la concurrence (DGCCRF) pour sanctionner la mauvaise application de la loi de modernisation de l’économie (LME), cette loi qui régit les relations commerciales.
Mais justement, si le commerce n’est pas coupable de tous les maux, comment en est-on arrivés à des situations où, dans des filières comme la viande de bœuf, tout le monde perd de l’argent ? Les producteurs gagnent à peine de quoi compenser les pertes antérieures, en tout cas pas assez pour mettre aux normes leurs installations. Les industriels sont en surcapacité et souvent en perte. Les distributeurs ont des marges nettes négatives. Et chacun de se renvoyer la balle. Dans la filière porcine, ce n’est pas beaucoup mieux. Alternativement, le maillon faible est soit les éleveurs soit les PME de la charcuterie. En volailles, la déconfiture de Doux signe une activité plus fragile que jamais. C’est là, grâce à des produits transformés en amont, que les distributeurs s’en sortent le mieux.
Tout cela n’est pas de nature à donner des perspectives bien durables. La moindre crise sanitaire, le moindre dumping à l’importation et cette fragilité se traduira en Bérézina. C’est que tous les membres de ces filières sont un peu responsables de la situation. Surtout parce qu’ils ont des relations détestables entre eux. C’est d’abord ce contexte que les pouvoirs publics devront faire évoluer.