Ce serait un grand tort de vouloir caser les adeptes de la permaculture dans la catégorie des doux rêveurs, les idéalistes. D’abord parce qu’ils sont de plus en plus nombreux à en faire leur métier, autrement dit à se frotter aux dures lois du marché et de l’agronomie. Et comme tout bon professionnel, ceux-là doivent alors arbitrer, composer entre leurs aspirations et la réalité, quitte à se contenter de « mini-fermes », marché foncier oblige.

Mais surtout, ce serait une erreur, car cela reviendrait à dire que les agriculteurs conventionnels seraient, de leur côté, d’ignobles pragmatiques, de tristes désenchantés. Or ne sont-ils pas idéalistes eux aussi ? Ne rêvent-ils pas d’une parcelle propre, par exemple, homogène et sans mauvaise herbe ? N’est-ce pas aussi le rêve d’une nature domestiquée, qui obéirait au doigt et à l’œil ? Derrière l’achat d’un robot de traite, n’y a-t-il pas parfois le rêve de la fin du travail ? Tout cela, n’est-ce pas une version moderne du paradis ?

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Si beaucoup d’agriculteurs ont perdu la foi chrétienne durant le dernier siècle, beaucoup aussi ont découvert la foi dans le progrès, et font sûrement leurs cette maxime de Victor Hugo : « Celui qui nie le Progrès est un impie » (Avant l’exit, 1849).

À ce titre, ils ne sont pas si différents de ces nouveaux « permaculteurs » qui rêvent d’une agriculture qui se fondrait avec la Nature, d’une nature qui pourrait fournir les mêmes services que l’agriculture. À chacun ses divinités.