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Sucre/UE Transformateurs et producteurs de sucre divisés après le vote du PE sur l’OCM unique

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Le Parlement européen s’est exprimé le 13 mars 2013 sur l’architecture de la nouvelle politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne pour la période 2014-2020. Quatre textes législatifs ont été votés, ouvrant ainsi la voie aux négociations entre le Parlement européen avec les Etats membres. Parmi ceux-ci le texte sur l’OCM unique où le chapitre sur l’avenir des quotas sucriers a une nouvelle fois divisé producteurs et transformateurs de sucre. Si les premiers jubilent suite à la proposition des eurodéputés de repousser à 2018 la fin des quotas sucriers, les seconds dénoncent la position « erronée et déséquilibrée » du Parlement.

La compétitivité européenne est en jeu et cette erreur grave du Parlement européen doit être corrigée dans les négociations à venir avec les États membres, estime en substance le Comité européen des industries utilisatrices de sucre (CIUS), le lobby des transformateurs de sucre, suite au vote du Parlement européen du rapport de Michel Dantin sur « le projet de règlement établissant une organisation commune des marchés pour les produits agricoles » (règlement sur l’organisation commune de marché unique). Rapport dans lequel le député français préconise justement de reporter à la fin de 2020 le démantèlement des quotas de sucre. Un délai qui, aux yeux des eurodéputés, devrait permettre au secteur de la production de sucre « d’optimiser sa compétitivité ainsi que son efficacité ». Cette décision – on s’en doute – ne plaît pas du tout aux industries utilisatrices de sucre qui se disent « profondément préoccupées » par la position « à courte vue et déséquilibrée » du Parlement européen.

« Un mauvais signal » selon les transformateurs

« À un moment où l’économie européenne a besoin désespérément de décisions politiques claires sur la compétitivité et la création d’emplois et la croissance, le maintien des quotas de sucre perturbateurs jusqu’en 2020 et peut-être au-delà est un très mauvais signal », a déclaré Muriel Korter, secrétaire générale du CIUS. Celle-ci considère que le vote du Parlement européen « ne semble pas indiquer que le Parlement européen comprenne que sa responsabilité essentielle devrait, au contraire, promouvoir un secteur agricole et une chaîne d’approvisionnement alimentaire moderne et compétitive en Europe ». Selon elle, le vote des eurodéputés « ramène l’UE aux politiques protectionnistes périmées du passé, qui faussent le marché et compromettent la sécurité d’approvisionnement de la chaîne alimentaire ». La patronne du CIUS estime que « prolonger le régime des quotas sucriers encore plus longtemps, sans aucune échéance claire, va contribuer à créer des contraintes inutiles et à installer l’insécurité d’approvisionnement, qui alimentent l’inflation artificielle des prix au détriment de milliers d’entreprises productrices de denrées alimentaires à travers l’UE ». Muriel Korter souhaite que le vote erroné des eurodéputés « soit corrigé » lors des prochaines négociations entre le Parlement européen, le Conseil de l’UE et la Commission européenne sur l’avenir de la Politique agricole commune (PAC). En d’autres termes, les décideurs politiques européens sont invités à tenir leurs décisions antérieures prévoyant la fin des quotas de production de sucre en 2015, seul moyen de parvenir à « un marché du sucre et une chaîne d’approvisionnement alimentaire modernes, équitables et concurrentiels en Europe ».

« Une décision responsable » selon les producteurs

Dans le camp d’en face, celui des producteurs de sucre, les mines sont largement plus réjouies. Le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) va même jusqu’à remercier le Parlement européen pour « son soutien sans réserve à la prolongation de l’OCM unique pour le sucre jusqu’en 2020 ». Parlant au nom des principaux intervenants dans le secteur du sucre (producteurs de betteraves, syndicats et producteurs de sucre d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique), Johann Marihart, le président du CEFS, a salué l’issue du vote du Parlement et a indiqué attendre maintenant « une position tout aussi responsable » de la part du conseil des ministres de l’UE. Il estime que prolonger l’OCM unique pour le sucre jusqu’en 2020 pourrait contribuer à « assurer la stabilité du secteur et l’approvisionnement du marché du sucre à des prix suffisamment durables pour les agriculteurs, les transformateurs, les fournisseurs des pays ACP, les travailleurs et les consommateurs à un moment où sévit la crise sociale et économique ». Le CEFS appelle donc le conseil des ministres de l’UE à prolonger à son tour l’OCM unique pour le sucre jusqu’en 2020.

Craintes pour l’augmentation des quotas sucriers

Johann Marihart considère que la réforme en cours « ne devrait pas entraîner de nouvelles difficultés dans le secteur » et que « si aujourd’hui les producteurs sont de plus en plus concurrentiels, ils ont toutefois besoin de plus de temps et demandent simplement de la stabilité et de la prévisibilité pour cinq années de plus». En revanche, le CEFS se dit « préoccupé par l’augmentation des quotas sucriers, laquelle augmentation pourrait porter atteinte à la stabilité du marché». Le CEFS considère que « ce serait aller contre les objectifs de la réforme de 2006 » qui visait à réduire la production et qui a entraîné la fermeture de 83 usines (une sur deux) et la perte de plus de 22 000 emplois directs. « Ces pertes ne doivent pas avoir été en vain », estime Johann Marihart.

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