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Jean-François Rous, président de la SAS Pivert « Transformer la biomasse oléagineuse en produits à forte valeur ajoutée »

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Après le biodiesel, la filière oléoprotéagineuse lance le second étage de sa fusée des nouvelles valorisations, avec 64,5 millions d’euros de financement public pour son programme Pivert (Picardie innovations végétales enseignements et recherches technologiques). Transformer la biomasse oléagineuse en produits à forte valeur ajoutée, tel est l’objectif, comme l’explique Jean-François Rous, directeur de l’innovation chez Sofiprotéol, l’établissement industriel et financier de la filière oléoprotéagineuse française, et président de la SAS Pivert, société qui gère l’Institut d’excellence qu’est le programme Pivert. Ainsi, après le biodiesel, la filière élabore une chimie fine sur base oléagineuse.

Agra Presse : Pivert vise à expérimenter la bioraffinerie de 3e génération et s’articule autour d’un centre d’expérimentation qui sera basé à Compiègne. Quelle est la philosophie de ce projet ?
Jean-François Rous : Tout d’abord, il faut préciser que cette bioraffinerie de 3e génération utilise la plante entière comme matière première, en incluant, donc, la partie ligno-cellulosique, non comestible, du colza et du tournesol.
Par ailleurs, la préoccupation de Pivert est de contribuer au développement de débouchés à forte valeur ajoutée, comme des molécules de spécialités. Cette approche diffère et complète l’approche des deux dernières décennies visant à développer des débouchés de volume pour le colza et le tournesol, notamment grâce au biodiesel. Cette chimie du végétal à forte valeur ajoutée est appelée à croître pour servir non seulement les secteurs industriels mais aussi la nutrition santé, en remplacement de la chimie d’origine fossile.
Au-delà de cette ouverture, ce projet Pivert se caractérise par la prise en compte des conditions de production de la matière première agricole, notamment les pratiques culturales. Cela nécessite d’intégrer de nombreux paramètres, comme les techniques de récolte de la ligno-cellulose : par exemple, les pailles de colza sont actuellement laissées intégralement dans les champs à l’issue de la récolte. Sera-t-il pertinent d’en collecter une partie ? Dans quelles proportions? Avec quel matériel ? Enfin, le fonctionnement même de ce prototype de raffinerie de 3e génération est novateur car il pourra utiliser, pourquoi pas, les résidus organiques des collectivités locales, en complément du gaz ou du fioul.

Cette bioraffinerie fabriquera-t-elle aussi des produits à usage alimentaire?
Le projet Pivert est porté par la filière oléoprotéagineuse dont l’objectif est de générer de multiples types de produits avec des technologies complètement différentes. À travers la graine, on obtient aujourd’hui de l’huile et de la protéine. Mais les pailles fourniront aussi, demain, de la cellulose qui peut permettre de produire de l’huile par voie fermentaire, de l’hémicellulose pour fabriquer d’autres produits chimiques et de la lignine, qui peut être brûlée pour fournir de l’énergie. On voit donc que tous les constituants de la plante oléagineuse seront utilisés, et pas seulement les parties comestibles.

Vous venez de parler de la cellulose qui pourrait générer de l’huile par voie fermentaire. Pouvez-vous préciser ?
L’huile à base fermentaire n’est pas une nouveauté. En laboratoire, on sait nourrir des micro-organismes à base de sucre pour qu’ils produisent de l’huile. On sait produire ces sucres à partir d’amidon, donc de matières premières alimentaires, mais il est plus difficile de produire des sucres fermentescibles à partir de cellulose. Cette technologie qui consiste à dégrader la cellulose en sucres fermentescibles est, pour le coup, une technologie de rupture. Il existe dans le monde une centaine de programmes de recherche à ce sujet. Nous utiliserons les résultats de ces recherches en cours pour transformer la biomasse oléagineuse et produire éventuellement de l’huile.

Quelle est l’utilisation prévue des 64,5 millions d’euros de financement public au titre des Investissements d’avenir ?
Ce montant, étalé sur dix ans, doit financer la recherche fondamentale sur des domaines tels que le traitement thermique de la biomasse, la chimie catalytique et la biotechnologie industrielle. Il devrait servir également à financer la création d’outils de démonstration. L’institut Pivert, avec un budget prévisionnel de 240 millions d’euros sur dix ans, en comptant les 64,5 millions des pouvoirs publics, devrait permettre aux industriels partenaires de créer ou de maintenir, à terme, près de 5 000 emplois.

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