Voici donc venu le jour de transition, historique pour la France et surtout, il faut le reconnaître, historique pour le monde agricole. Le 16 mai, Jacques Chirac cède la place à Nicolas Sarkozy. Le candidat aura largement bénéficié des suffrages agricoles et ruraux. Aura-t-il la même sensibilité à l’égard des paysans que son prédécesseur ? Rien n’est moins sûr, même s’il a eu, jusqu’à présent, des propos plutôt rassurants et positifs sur l’agriculture.
Un premier test, pas le plus fondamental sans doute, mais politiquement fort, portera sur la nature du portefeuille ministériel en charge de l’agriculture. Un vrai ministère ? Un secrétariat d’État dépendant d’un super-ministre ? Cela ne changerait pas fondamentalement la politique mais serait un symbole fort. La disparition d’un « ministère » de l’agriculture ou son rattachement à un autre département serait un événement inédit depuis sa création en 1881 et pourrait ne pas être comprise par les agriculteurs.
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Le deuxième test concerne les négociations à l’Organisation mondiale du commerce. Nicolas Sarkozy va-t-il continuer à freiner, voire bloquer la perspective d’un accord qui paraît surtout demander des sacrifices à l’agriculture européenne ? Une telle position n’est pas impossible mais elle lui sera difficile à tenir. Lui qui veut faire un geste à l’égard de l’Europe, qui veut reconstituer un axe Paris-Berlin fort, qui se flatte de l’amitié de Tony Blair ou de l’estime de George W. Bush aura sans doute du mal à continuer à jouer le rôle d’un trublion français. Sans compter l’envie d’afficher la « rupture » à l’égard de la politique de son prédécesseur. En observant de près les prochaines rencontres internationales, les agriculteurs doivent se persuader qu’ils n’ont pas voté pour un Chirac bis.