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Transparence de la chaîne alimentaire : un rapport du Centre commun de recherche suggère la prudence

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Trop d’informations nuit à l’information, met en garde un rapport sur la « transparence du marché » au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire publié par le centre de recherche de la Commission européenne. Cette dernière doit soumettre en avril un règlement en la matière.

Après l’accord inter-institutionnel sur la directive visant à lutter contre les pratiques commerciales déloyales, qui doit être formellement approuvé par le Parlement européen lors de la session plénière du 11 au 14 mars à Strasbourg (1), la Commission de Bruxelles compte publier en avril un règlement d’exécution concernant la transparence dans la chaîne alimentaire, projet dont elle a débattu le 25 février avec les parties prenantes (2). Un « rapport technique » sur ce thème du Centre commun de recherche souligne, sans prendre position, le risque d’un trop-plein d’informations qui s’avérerait finalement contre-productif (2).

Nécessaire, mais…

Sous le titre Transparence du marché dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire : objectifs, moyens, limites, ce rapport, dont l’auteur est Claude Ménard, de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, reprend en fait les principales questions soulevées lors d’un atelier de travail organisé fin mai 2018 à Bruxelles par la direction générale de l’agriculture de la Commission et le Centre commun de recherche.

Il note que « les États membres de l’UE disposent déjà d’informations importantes sur l’agriculture et l’agroalimentaire », ajoutant : « Le développement du Big Data peut simplement ajouter beaucoup plus d’informations… et plus de complexité dans le traitement de ces informations ».

Le rapport tire quatre « leçons » des contributions des participants à l’atelier de travail. En premier lieu, « s’il est nécessaire d’accroître la transparence des prix, en particulier aux niveaux intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement, son impact sur la compétitivité et l’efficacité doit être évalué avec prudence ».

Par ailleurs, s’il faut des règles égales pour tous, « la variété et la complexité des systèmes de chaînes d’approvisionnement peuvent nécessiter des politiques différenciées pour la collecte d’informations plus complètes ».

« Renforcer la confiance »

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Troisième « leçon » : la nécessité de « disposer de plus de ressources pour former les parties prenantes afin de leur permettre de mieux comprendre et d’utiliser plus intensément et mieux les informations disponibles, plutôt que de se concentrer sur l’extension de l’ensemble des informations ».

Enfin, selon le rapport, « associer les différents maillons de la chaîne alimentaire, des agriculteurs jusqu’aux consommateurs, à la définition et la mise en œuvre du type d’informations à collecter, traiter et diffuser pourrait être un moyen efficace d’améliorer l’utilité de cette information, de renforcer la confiance entre les participants, et d’accroître la confiance des consommateurs dans les mécanismes du marché ».

(1) Voir n° 3677 du 28/01/19

(2) Voir n° 3681 du 25/02/19

(3) Voir n° 3640 du 16/04/18

« Une arme à double tranchant », selon l’industrie agroalimentaire

« Globalement, la transparence du marché est suffisante, à la fois celle des sources publiques et privées, pour que toutes les parties prenantes aient une vision complète des marchés agricoles », avait affirmé l’industrie agroalimentaire de l’UE associée au sein FoodDrinkEurope dans une prise de position publiée le 26 mars 2018 (3). « La transparence des prix peut être une arme à double tranchant » et, si elle est « excessive », elle peut restreindre la capacité de négociation des opérateurs et donc la concurrence, estime FoodDrinkEurope, ajoutant que l’industrie « ne peut (à cause de ses multiples utilisations de matières premières) ni ne veut (pour des raisons de concurrence) communiquer les prix ».