Quatre auteurs faisant autorité dans le monde scientifique ont présenté le 22 octobre trente projets « pour une agriculture compétitive et respectueuse de l’environnement », rassemblés dans un document de recommandations, destinées au ministère de l’Agriculture et à celui de la Recherche. Ce rapport, « Agriculture innovation 2025 », vise à accélérer la diffusion des avancées de la technologie (numérique, robotique, biologie du sol, biotechnologies) dans les fermes.
Partant du constat que l’agriculture et l’agroalimentaire souffrent d’un déficit de compétitivité et subissent des pertes de part de marché, quatre acteurs reconnus pour leurs actions et leur expertise ont conçu 30 projets « pour une agriculture compétitive et respectueuse de l’environnement » à l’horizon 2025. Ces projets visent à faire de l’agriculture un contributeur à la lutte contre le dérèglement climatique et à accélérer la diffusion des nouvelles technologies dans l’agriculture.
Plus de diversité des espèces et de « sur-mesure »
Une caractéristique de ces nouvelles technologies : elles vont dans le sens d’une plus grande diversité des espèces et des variétés cultivées, et dans le sens d’un traitement de plus en plus « sur-mesure », grâce à une précision désormais très fine, tant des cartes du climat, que de la santé individuelle des têtes de bétail, a souligné François Houllier, p.-d.g. de l’Inra.
Ces quatre auteurs sont François Houllier, Jean-Marc Bournigal, président de l’Irstéa (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture), Philippe Lecouvey, président de l’Acta (la tête de réseau des instituts techniques agricoles) et Pierre Pringuet, président de l’Association française des entreprises privées (AFEP) et du conseil d’administration d’AgroParisTech.
Un des chapitres, « faire de l’agriculture un contributeur à la lutte contre le dérèglement climatique », mise sur l’agroécologie et la bioéconomie. Puis vient une large partie consacrée à l’agriculture numérique, à la robotique, à la génétique et au biocontrôle (voir encadré en rubrique événement sur l’agro-équipement).
Génétique : des « data centers » pour gérer l’information
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Les auteurs misent par ailleurs beaucoup sur la génétique, « un levier majeur pour accroître la compétitivité et la durabilité » du secteur. Leur constat : les projets « biotechnologies et bioressources » du programme d’investissements d’avenir ont permis d’engager des recherches « sur un petit nombre d’espèces de grandes cultures ». Cet effort « doit être prolongé, amplifié et élargi à d’autres espèces ».
Les auteurs préconisent de conduire des programmes de sélection génomique « sur un plus grand nombre d’espèces animales et végétales ». Ils appellent à renforcer les infrastructures de recherche pour accroître le nombre de caractères génétiques susceptibles d’être pris en compte. Les informations dans ce domaine étant considérables, ils proposent aussi de créer des « data centers », infrastructures clé pour le stockage, la maintenance, le partage et le traitement de l’information.
Les auteurs proposent 5 à 7 expérimentations territoriales
Les auteurs recommandent la mise en œuvre de 5 à 7 expérimentations territoriales, sous la forme de « laboratoires ouverts », encore appelés « living labs », c’est-à-dire des « laboratoires vivants », ouverts à d’autres acteurs que les seuls chercheurs. Ces pilotes de démonstration territoriaux seraient ouverts à des agriculteurs par exemple, et aussi peut-être à des consommateurs). Ces expérimentations territoriales pourraient concerner l’élevage extensif, intensif, la viticulture, les grandes cultures, les produits biosourcés, a indiqué l’un des auteurs, François Houllier.
Le Plan Agriculture innovation 2025, « dernière brique du projet agroécologique »
La mise en œuvre du plan Agriculture Innovation 2025 qui reprendra une partie des propositions du rapport du même nom sera « la dernière brique du projet agroécologique », a lancé Stéphane Le Foll en accueillant le rapport sur l'innovation en agriculture. Le ministre a déjà annoncé qu’il retenait deux des 30 projets proposés : la création de laboratoires vivants et la mise en place de la plateforme de données. Ces deux projets feront l’objet d’un investissement particulier de la secrétaire d’Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire. « Nous voulons mettre en œuvre dès 2017 cette plateforme en utilisant les programmes d’investissement d’avenir », a-t-elle déclaré. Un colloque sera organisé au premier trimestre 2016, au cours duquel des détails seront donnés sur le financement du plan.