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BILAN/COMMERCE SPÉCIALISÉ Très forte hausse de l'activité de Biocoop en 2015

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Les résultats 2015 du premier réseau indépendant de magasins biologiques et équitables font ressortir un chiffre d'affaires en hausse de 16,9% à 768 millions d'euros. Au moins 40 magasins vont ouvrir en 2016.

Biocoop fête dignement son anniversaire. À trente ans, la coopérative peut être fière de son bilan 2015 : le chiffre d'affaires atteint les 768 millions d'euros, en hausse de 16,9%, dont 445 millions d'euros (+18%) pour Biocoop SA. Des résultats à faire pâlir les distributeurs généralistes, et qui dépassent largement les performances du marché des produits biologiques qui a crû selon l'Agence Bio de 10% l'année dernière.

« La nouveauté en 2015, c'est que les producteurs ne sont plus les seuls à plébisciter les produits biologiques ; ils sont désormais rejoints par les consommateurs », a souligné Claude Gruffat, le président de Biocoop lors d'une présentation du bilan 2015 à Paris le 17 mars. « Les producteurs se tourne vers la bio car c'est une réponse à la crise du modèle productiviste, et les consommateurs car ils sont rassurés après les multiples scandales alimentaires », a poursuivi le président.

AMÉLIORATION DU BILAN

L'engouement pour les produits bio et sains se traduit en résultats financiers pour Biocoop : le résultat net est en hausse de 33% à 4,4 millions d'euros et l'endettement bancaire s'est réduit à nouveau cette année, représentant 58% des fonds propres contre 100% en 2012. « Le taux de marge est en baisse mais cela est volontaire car nous avons baissé nos prix pour rendre accessibles nos produits aux consommateurs », a précisé Gilles Piquet-Pellorce, directeur général de Biocoop. En fait, la ligne de Biocoop consiste à se développer de façon prudente afin d'être en mesure d'absorber une brusque chute de l'activité comme cela a été le cas après le crise financière de 2008 (progression du chiffre d'affaires passé de +30% en 2008 à +2% en 2010). Dans le même temps, le capital souscrit par les coopérateurs s'est accru de 1,9 million d'euros.

DAVANTAGE DE MAGASINS POUR SE RAPPROCHER DES PRODUCTEURS

En 2016, la coopérative ne manque pas de projets. Le rythme d'ouverture de magasins va s'accélérer : après s'être enrichi de 33 nouvelles enseignes en 2015, le parc actuel de 383 magasins va compter au moins 40 magasins supplémentaires. Toujours dans le souci de rapprocher les points de vente des producteurs locaux. « Nous avons reçu mille demandes d'ouvertures en 2015 mais nous sommes très sélectifs dans le choix des coopérateurs », a précisé le président. Cette politique ne changera pas à l'avenir. La chaîne reste attentive aux nouvelles attentes des consommateurs : elle réfléchit actuellement à la question du « sans emballage » suite au test dans un magasin Biocoop de ce concept fin 2015 et début 2016 à Paris. Le sujet est d'actualité avec notamment la chaîne Day dy Day en cours de déploiement en France (Agra Alimentation du 17 mars 2016). Une réflexion existe aussi au sein de la coopérative sur la meilleure façon d'intégrer le numérique même si la question d'un site d'e-commerce semble exclue à l'heure actuelle. Biocoop confirme donc sa volonté de conforter sa place de leader (50% de parts de marché des réseaux spécialisés, 16% tous réseaux confondus) face à ses concurrents La Vie Claire, Naturalia (Monoprix) et Bio C Bon, et de nouveaux entrants comme Carrefour qui compte cinq magasins Carrefour Bio et va en ouvrir cinq de plus en 2016. A ce sujet, Claude Gruffat estime s'attendre à l'arrivée de ces nouveaux acteurs. « C'est un bonne chose seulement si ces nouveaux acteurs s'inscrivent dans notre philosophie de la bio et qu'ils ne travaillent pas au détriment des salariés, des producteurs et de l'approvisionnement de proximité », a prévenu le président. Il a insisté sur le fait que Biocoop refuse que le marché de la bio ne devienne un marché comme un autre.

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La restauration collective intéresse Biocoop

«  La restauration collective, notamment les cantines, nous intéresse tout particulièrement car elle permet de sensibiliser les jeunes à la question de l'alimentation », a expliqué Claude Gruffat qui s'est dit en même temps déçu par l'abandon par les sénateurs de l'obligation de réserver 20% de l'offre aux produits bio dans la RHF (Agra Alimentation du 17 mars 2018). Biocoop nourrit toutefois beaucoup d'espoir pour son activité à destination de la RHF qui a réalisé un chiffre d'affaires de 5,5 millions d'euros en 2015 (+11%). 4000 établissements ont été livrés en 2015 et plus d'une centaine de marchés publics sont en cours auprès de municipalités françaises.

DIX-HUIT MOIS POUR ÊTRE RÉFÉRENCÉ

Dans les magasins, la gamme des produits à marque propre va encore croître en 2016 afin de répondre à la demande : les produits génériques (113 à marques Biocoop et 220 à marque Bio Je Peux) vont gagner 25 références et les produits Ensemble (480 produits) vont s'enrichir de 20 références. En 2015, les produits génériques Biocoop ont réalisé 17,8 millions d'euros de chiffre d'affaires et les produits Ensemble 32 millions d'euros (soit au total 11,38% du chiffre d'affaires des magasins). Le référencement des produits chez Biocoop se caractérise par un processus long de 18 mois afin de réaliser un audit pointu de l'industriel. La coopérative se réserve la possibilité de déréférencer un producteur pour des raisons éthiques. « Quand on a su que Senoble allait travailler avec la ferme des mille vaches, nous avons arrêté la collaboration », a rappelé à ce sujet Claude Gruffat.

Afin de suivre et améliorer le déploiement du réseau de magasins, Biocoop va investir 65 millions d'euros dans ses plateformes logistiques entre 2016 et 2018. Les trois sites existants vont être rebâtis pour atteindre 25 000 m2 chacun.

Au sujet de la production, Biocoop va poursuivre en 2016 sa politique de structuration des filières qui passe notamment par un développement de surfaces en conversion, le renforcement des capacités de production des transformateurs et la transmission d'entreprises engagées dans la bio afin de garantir leur indépendance. Pour cela, Biocoop a mis en place Défibio, un fonds qui va connaître cette année un doublement de ses capacités pour atteindre 4 millions d'euros. Dans ce cadre, Biocoop mobilise ses collaborateurs comme experts auprès des producteurs pour développer certains produits et investit dans les capacités de production. En 2015, Défibio a financé par exemple à hauteur de 150 000 euros un second atelier pour la fromagerie La Lémance (Lot-et-Garonne) spécialisée dans les fromages de chèvre et de brebis.