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Trois questions à Christophe Grison, président de Farre « Un travail est possible avec des organisations qui n’ont pas le même objectif de départ »

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Vous venez, avec notamment la ligue de protection des oiseaux, d’élaborer des fiches pratiques pour améliorer la biodiversité sur les exploitations agricoles. Quel est votre objectif de diffusion et quelle proportion d’agriculteurs français, à votre avis, pourraient mettre en œuvre tout ou partie de ces recommandations ?
Ce guide pratique est le résultat d’une collaboration entre la LPO, la Fnab, la FNCIVAM et Farre. Pendant 5 années, nos 4 organisations ont échangé, diagnostiqué, testé sur 130 exploitations agricoles différentes possibilités d’améliorer concrètement la biodiversité sur une exploitation agricole : qu’il s’agisse de la restauration d’une mare, de l’implantation de haies ou bien de pratiques applicables en grandes cultures, en vignes et vergers, les fiches répondent à la question : que faire et comment ? Ce guide a donc vocation à donner des pistes, à servir d’exemple. A partir de ce travail, nous allons approfondir notre réflexion, étendre le réseau et échanger avec d’autres acteurs qui travaillent sur l’enjeu biodiversité. Pour Farre, ce résultat est important car il démontre qu’un travail constructif est possible avec des organisations qui ne partagent pas le même objectif de départ. Ce partenariat valide l’une de nos orientations stratégiques qui est de « passer d’une culture du face à face à celle du côte à côte ».

Depuis le Grenelle de l’environnement, la certification HVE (Haute valeur environnementale) est venue changer le paysage des certifications environnementales. La mission de Farre est-elle toujours de promouvoir l’agriculture raisonnée ou bien la certification HVE ?
Soyons prudents ! Le projet de certification HVE apporte un certain nombre d’améliorations par rapport à l’agriculture raisonnée. C’est un dispositif progressif, moins complexe et qui affiche des résultats environnementaux. Mais le dispositif n’est pas encore voté et ne le sera vraisemblablement pas avant les régionales. Notre expérience sur l’agriculture raisonnée nous a appris aussi que le diable se cache souvent dans les détails et de ce point de vue beaucoup d’éléments restent encore à éclaircir comme la communication du dispositif (logo, pas logo ?), l’incitation financière (y aura-t-il un crédit d’impôt et de combien ?). Dans tous les cas, Farre n’a pas vocation à devenir le Forum HVE. Notre mission est d’être « un pont entre l’agriculture et la société » et nous devons pour cela, fédérer, donner de la visibilité, de la cohérence aux différentes démarches qui existent et qui apportent la preuve que les agriculteurs sont en train d’accomplir leur révolution environnementale. L’essentiel est, pour nous, d’entraîner un maximum d’agriculteurs dans une dynamique de progrès, de démontrer par des actions concrètes que l’environnement est peut-être une contrainte d’hier mais c’est une opportunité d’aujourd’hui et de demain.

Le sommet de Copenhague qui se déroule en ce moment même pourrait aborder la question des gaz à effet de serre principalement issus de l’agriculture, comme le méthane ou le protoxyde d’azote. Est-ce que les agriculteurs sont prêts à de nouvelles contraintes dans ce domaine et qu’est-ce qu’une organisation comme Farre peut faire pour les aider ?
Il ne fait aucun doute que la question de l’agriculture va être au centre des discussions de Copenhague parce qu’elle est considérée comme un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre (GES). Mais c’est aussi un secteur qui peut très vite « renverser » la tendance car c’est un puissant levier de réduction des GES par sa capacité à stocker le carbone. Dans son rapport de synthèse adressé aux 193 pays pour préparer Copenhague, la FAO indique que l’agriculture « peut jouer un rôle rapide et vital dans l’atténuation des GES ». Nous ne devons donc pas aborder cette question sous la seule forme d’une contrainte supplémentaire mais bien mobiliser tout notre appareil de recherche, nos réseaux et le savoir faire des agriculteurs pour repenser nos systèmes agricoles, nos itinéraires techniques car l’utilisation des sols joue un rôle majeur dans le stockage positif du carbone. Dans le cadre de ses réseaux spécialisés, Farre est en train de créer un réseau énergie et GES qui a pour objectif d’adapter voire de modifier certaines pratiques agricoles afin d’améliorer le bilan énergétique des exploitations et de réduire les émissions de GES. Enfin, le 19 janvier, les 13e Rencontres Farre à la Cité des sciences porteront sur l’innovation environnementale, et permettront à différents acteurs d’éclairer l’avenir sur la contribution de l’agriculture aux enjeux environnementaux.

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