Initiative originale : pour le deuxième colloque qu’il avait organisé sur l’agriculture de demain, le ministre Michel Barnier avait demandé à des étudiants d’écoles d’agronomie de proposer trois scénarios possibles à l’horizon 2030. Si le choix des étudiants était, forcément, contestable, il a eu le mérite de susciter la réflexion sur les grands phénomènes qui formateront cette agriculture : matières premières – dont l’énergie – rares et chères, le changement climatique, l’organisation des agriculteurs et leurs rapports avec la société.
Trois hypothèses pourraient formater l’agriculture des années 2030, nous disent les étudiants en école d’agronomie. Ils étaient mobilisés par le ministère de l’Agriculture dans le cadre du 2e colloque d’une série voulue par le ministre lui-même. Le 21 mai, trois couples d’étudiants planchaient devant une salle comble, remplie de professionnels, journalistes, étudiants, militants d’associations et de fonctionnaires du ministère, au cœur de la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. Quels sont ces scénarios ?
Exigences nutritionnelles
D’abord une agriculture clairement marquée à deux vitesses. D’une part une agriculture et une alimentation de terroir avec des campagnes largement consacrées à l’écotourisme, ne serait-ce qu’en raison du coût prohibitif, prix de l’énergie oblige, des vacances à l’étranger ; l’autre agriculture est une production dite « verticale », très intégrée, quasiment hors sol, conditionnée par des exigences nutritionnelles rigoureuses.
Le 2 e scénario porte sur une agriculture très ancrée dans des grandes régions spécialisées ; des filières courtes se développent notamment pour pouvoir bénéficier de prix intéressants (coût de l’énergie encore) ; les régions et l’État sont très présents pour définir l’allocation des ressources et compenser les inégalités régionales.
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Le 3 e scénario est à l’opposé. C’est une situation d’extrême mondialisation, la France des firmes, qui conditionnent et dirigent la nature de la production agricole. La loi du marché est souveraine, l’État inexistant et la recherche devient une affaire privée. La France devient dépendante du reste du monde et sa production nationale est peu diversifiée et donc fragile.
Capacité financière
De tels scénarios ne pouvaient que susciter la réaction des spécialistes présents au colloque. Tandis que, du haut de son expertise, Maximilien Rouer, fondateur d’une société de conseil, faisait une critique en règle du travail des étudiants, Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra, avait une approche plus positive. Selon lui, un des facteurs déterminants sera aussi la capacité financière des citoyens ; pour Philippe Tillous-Borde, DG de Sofiprotéol, l’énergie, le territoire et l’eau sont les trois ressources rares qui conditionneront la nature de l’agriculture de demain. Mais il insistait aussi sur l’organisation du monde agricole et son imbrication avec la société elle-même, tout ceci débouchant sur des chaînes de production et de commercialisation plus ou moins structurées. Le débat sur ces perspectives reste en tout cas ouvert. Les colloques organisés par le ministère de l’Agriculture en sont notamment l’occasion, de même que son site : parlonsagriculture.com
Prochaine rencontre le 3 juillet dans les locaux du parlement européen, Bruxelles : Qui va nourrir le monde ? Jusqu’au 30 mai, un forum sur le site : http : //www. nourrirlemonde. org/