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Trop de frilosité et des soutiens inadaptés, selon l’enquête Ania

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L’enquête ciblée sur les PME que l’Ania a menée d’avril à juillet dernier auprès d’un échantillon d’entreprises était une première destinée à comprendre comment les entreprises se lancent à l’exportation et quels sont alors leurs besoins prioritaires. Ses deux objectifs étaient d’identifier les leviers et les freins rencontrés et les attentes des entreprises vis-à-vis du dispositif public d’appui.

Des freins internes

Une bonne nouvelle, selon cette enquête, nul besoin d’avoir une taille importante pour réussir à l’export, en revanche, il faut pouvoir y consacrer du temps et des hommes. Mais c’est là que le bât blesse : s’il y a si peu d’entreprises qui exportent, c’est en partie parce que les premiers freins sont internes, reconnaissent les industriels. L’enquête relève un certain manque de motivation, une peur de l’inconnu, non tant pour des raisons de langue que de différences de culture. Et aussi le manque de moyens humains car on ne peut se lancer sans un effectif dédié important. Les moyens financiers font aussi défaut sachant qu’il faut au moins deux ans pour rentabiliser des démarrages jugés déjà coûteux en eux-mêmes.

Les industriels accusent aussi leur propre manque de compétitivité face à une concurrence croissante provenant de l’UE comme des pays émergents : les raisons en sont le coût élevé de la main d’œuvre et de la fiscalité en France.

Ce à quoi s’ajoute la lourdeur des obligations administratives (formulaires douaniers, gestion de taxes variées d’éco-emballage, difficultés pour récupérer la TVA, …). Et bien sûr les barrières non tarifaires que seules des actions régaliennes pourraient faire lever : il y a beaucoup à attendre ici de la mission de coordination sanitaire internationale à la DGAL et des attachés agricoles des missions économiques, ainsi que des négociations multilatérales dans le cadre du dossier SPS à l’OMC.

La réussite à l’export résulte toujours d’une démarche très professionnelle, structurée et adaptée à la taille de l’entreprise. Il ne s’agit pas de réaliser des « coups », ni d’improviser à partir d’opportunités ponctuelles. L’entreprise doit avoir la capacité d’adapter son process de production aux exigences de nouveaux marchés, et pour cela sa direction doit fortement s’impliquer pour obtenir une réelle adhésion en interne, s’appuyer sur un réseau de professionnels et choisir le bon partenaire.

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En revanche, l’image de la France et les possibilités offertes par le dispositif public d’appui à l’export ne sont pas considérées comme des facteurs déterminants de succès. L’origine France ne constitue pas en soi un avantage concurrentiel et l’utilisation du dispositif public d’appui ne dispense pas d’une démarche professionnelle à l’export.

Préférence pour la défiscalisation

Parmi les outils les plus appréciés, figure l’assurance-prospection pour initier un développement à l’export et pallier de faibles capacités de trésorerie. Néanmoins, il apparaît aux yeux de certains que pour diminuer la charge de cet investissement et aider les entreprises à l’export, une défiscalisation partielle du résultat à l’export ou une diminution des charges de salariés export serait plus efficace que des aides financières.

Le dispositif d’appui est contesté pour plusieurs raisons : la première est la dispersion des organismes de promotion de l’export qui proposent des prestations rentrant parfois en concurrence, en particulier au niveau régional. De plus, le dispositif d’appui est en grande partie ciblé sur l’amont de la démarche export alors que des appuis pour la gestion quotidienne de l’export seraient plus utiles (appui juridique pour mettre en place les contrats, assistance pour mutualiser des circuits logistiques, aides pour traduire des documents techniques,…). Des conseils trop généralistes sont peu valorisables et les entreprises déplorent la très grande mobilité des experts intervenant dans les organismes d’appui, ce qui les empêche d’avoir une plus grande spécialisation en terme de produits et de pays. Autres critiques relevées au fil de l’étude : le prix des prestations qui leur sont proposées actuellement – et qui sont jugées très moyennes – ne leur paraît pas justifié alors qu’elles seraient prêtes à payer à leur juste prix des informations plus précises et plus pertinentes qui seraient un véritable support. Alors que la mise en relation avec le bon partenaire à l’export, agent ou importateur, est une clé pour réussir un lancement, les outils mis à disposition pour en identifier ne sont pas du tout performants.

Enfin, l’absence d’aides financières pour les entreprises qui dépassent la taille réglementaire des PME est fortement critiquée par les entreprises moyennes. Ce principe n’est pas justifié au regard de l’absence de lien entre la taille de l’entreprise et sa présence à l’export. D’autant qu’aider ces entreprises aurait un effet levier plus important sur les exportations et sur l’emploi.