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Tunnels de prix : la filière vin en pointe

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La filière viticole n’aura pas attendu que le Parlement français statue sur le sort des tunnels de prix. Grâce à l’adoption du Paquet Vin, entériné ces derniers mois par l’Union européenne, l’interprofession des vins AOC de la Vallée du Rhône, et celle du vin de Bordeaux se sont mises d’accord sur un prix d’orientation pour le millésime 2026. Des mécanismes similaires étaient déjà à l’œuvre en bio et HVE pour la vendange 2025. Leur dispositif, en place depuis la fin de l’année dernière, s’appuie sur l’article 210 bis du règlement européen. Un premier bilan montre des résultats mitigés.

Un cap est franchi sur les prix d’orientation dans le vin. Réunie en assemblée générale le 6 juillet, l’interprofession du vin de Bordeaux (CIVB) a fait part d’un accord entre ses deux familles, production et négoce, pour lancer le dispositif. La filière montre ainsi l’exemple, avant même que le Parlement français ne statue sur la proposition du gouvernement d’élargir l’expérimentation des tunnels de prix en bovins viande à de nouvelles filières.

« Notre dernier bureau (début juillet) a validé les premières propositions en vue de publier prochainement des indicateurs de prix pour certaines de nos AOC », a déclaré dans son discours le coprésident Bernard Farges. Le lancement est prévu « à l’automne » sur l’appellation bordeaux rouge, a-t-on appris. Des discussions ont lieu avec Inter Rhône, autre interprofession en passe de lancer un prix d’orientation, pour « aligner » les deux projets. Une approche pas à pas qui montre une certaine prudence.

La DGCCRF consultée

« Nous attendons un dernier feu vert de la DGCCRF en France », la DG Agri l’ayant déjà validé côté Bruxelles, avait expliqué le 23 avril Damien Gilles, président de la Fraoc (vignerons AOC du Sud-Est), au congrès de la Cnaoc.

Premier en lice, le dossier concerne un prix d’orientation sur le côtes-du-rhône rouge. S’il traîne encore aujourd’hui dans les mains de Bercy c’est que le sujet est sensible, touchant au droit de la concurrence. Mais le Paquet Vin, adopté ces derniers mois dans l’Union européenne, ouvre une dérogation. Les interprofessions et OP reconnues « peuvent fournir des indicateurs facultatifs sur l’orientation des prix concernant la vente de raisins, de moûts et de vins en vrac destinés à la production de vins » bénéficiant d’une IG, selon l’article 172 ter du règlement.

Concrètement, le prix d’orientation du côtes-du-rhône intègre les coûts de production. D’autres indicateurs sont pris en compte, à savoir les évolutions des stocks, des sorties de chais en conditionné, des prix de vente en GMS, chez les grossistes, à l’exportation. Enfin, la formule comprend une « marge de pérennité » des exploitations (renouvellement du vignoble, protection contre les aléas, modernisation de l’outil, transmission, etc.). « C’est un outil complet qui donne des bornes mini et maxi, avec un prix d’équilibre et un prix de pérennisation », avait déclaré Damien Gilles.

Bio et HVE en précurseurs

La filière peut compter sur un autre dispositif, appliqué depuis quelques mois en bio et HVE. Petit retour en arrière. Le 8 avril 2025, Joël Boueilh, président des Vignerons coopérateurs de France (VCF), proposait « un accord de durabilité pour soutenir les producteurs engagés dans des pratiques respectueuses de l’environnement ». Objectif : fixer collectivement des prix d’orientation pour les vins bio et HVE.

Cette initiative, validée par Bruxelles trois mois après, repose sur l’article 210 bis du règlement OCM, qui permet, lui aussi, de déroger au droit de la concurrence. Une possibilité ouverte en décembre 2023 mais qui n’avait jamais été saisie. Précisément, cela concerne les accords des producteurs agricoles visant « une norme de durabilité supérieure à celle imposée par le droit de l’Union ou le droit national ».

Le prix d’orientation, négocié entre la production et le négoce sur le vrac, est plafonné à 20 % au-dessus du coût de production, dont le chiffrage est issu des centres de gestion. Deux interprofessions, Inter Oc et Inter Rhône, l’ont mis en place fin 2025 sur des vins HVE et bio. Sont concernés, les IGP pays d’Oc (uniquement six cépages) ; les AOC côtes-du-rhône et côtes-du-rhône-villages (que les rouges).

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Retours d’expérience

Les retours d’expérience des tunnels de prix sont mitigés. Chez d’Inter Oc, de « premiers effets » sont relevés côté HVE. « En blanc, les prix des transactions sont largement dans le tunnel, constate Fabien Castelbou, président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie. En rouge comme en rosé, ils se situent en moyenne 3 €/hl sous le plancher : à 89 €/hl pour l’un, 88 €/hl pour l’autre. » Un effet positif apparaît toutefois pour ces deux dernières couleurs. La tranche de prix la plus basse pèse deux fois moins en volume : les rouges HVE entre 80 et 85 €/hl représentent 9 % des transactions sur le millésime 2025, contre 19 % en 2024. En rosé HVE, la même tranche tombe à 18 % (contre 37 % sur le millésime 2024).

« Une marche est gravie, juge-t-il. Reste à atteindre les prix d’orientation. Pour cela, Inter Oc a décidé d’en parler à la grande distribution. » Un « outil pédagogique » servira de support, avec des éléments de contexte économique et une présentation de l’accord de durabilité. « 3 à 4 €/hl de plus payés au producteur, ça représente quelques centimes sur le prix final, entre 3 et 10 centimes supplémentaires par bouteille », plaide Florence Barthès, directrice générale de l’interprofession.

Echec dans le bio

S’agissant du bio, Inter Oc fait le constat d’un échec. « Notre grille de prix d’orientation n’a pas fonctionné », admet la d.g. L’outil n’est toutefois pas remis en cause. Et de pointer les difficultés du secteur bio, liées notamment à « une crise du pouvoir d’achat ». Avec une nuance : le vrac et la vente directe n’ont pas la même dynamique, selon elle. D’où un changement opéré par l’interprofession. Pour la récolte 2026, de nouveaux tunnels de prix sont lancés, uniquement pour le marché du vrac. « Le vin bio en vente directe est mieux valorisé, considère Fabien Castelbou. Il a moins besoin de prix d’orientation. » Inter Oc ajuste aussi le tir pour que ce « repère indicatif » agisse plus en aval. La grande distribution est visée. Comme en HVE, Inter Oc veut la sensibiliser aux prix d’orientation.

En Vallée du Rhône, le bilan des accords de durabilité est également contrasté. « On atteint l’objectif en HVE : les mercuriales indiquent 136 €/hl en moyenne », se réjouit Damien Gilles, à la tête du syndicat des vignerons des Côtes du Rhône. Pour rappel, l’entrée du tunnel est à 130 €/hl pour les côtes-du-rhône, 155 €/hl pour les côtes-du-rhône-villages. « C’est bien la preuve que parler de prix d’orientation, ça marche : tout le monde a ce repère en tête », poursuit-il. L’autre volet du dispositif montre pour sa part des résultats décevants. « Concernant le bio, notre dispositif n’a pas réellement fonctionné. On est très loin de l’objectif. » En cause, un marché déséquilibré par une offre surabondante, consécutive aux nombreuses conversions de viticulteurs, selon lui.

« Un effet psychologique »

Loin de constituer « la solution miracle », les prix d’orientation sont vus par la filière comme faisant partie d’une « boîte à outils ». Libre à chacun de piocher de dedans. « Il y a une telle détresse chez les vignerons face à la crise, plus on aura d’outils, mieux ce sera pour redresser les cours », affirme Stéphane Gabard, coprésident de la commission Marché de la Cnaoc.

Un point de vue que nuancent certains économistes. « Les prix concertés ont un effet psychologique : la prise de conscience que la filière doit s’organiser pour essayer de bien rémunérer chaque maillon », avance Jean-Marie Cardebat, professeur d’économie à l’université de Bordeaux. Mais l’expert tacle le prix plancher tel qu’envisagé dans la loi d’urgence agricole. « Un prix plancher agit comme un aimant attirant vers le bas l’ensemble des prix situés au-dessus », mettait-il en garde dans une récente tribune.

JCD

Un lancement « à l’automne » par le CIVB et Inter Rhône

Bilan contrasté en HVE, échec en bio