Les organisations agricoles de l’UE redoutent une guerre commerciale si Washington n’exempte pas les Européens des taxes annoncées sur les importations d’acier et d’aluminium. Pour éviter d’en arriver là, le président du Conseil européen évoque la solution d’une reprise des négociations du TTIP. En attendant, les deux parties ont eu l’occasion de discuter de quelques différends dans le secteur agricole, viande bovine « sans hormones » et olives espagnoles notamment.
Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) « craignent fortement que la situation dégénère » après la décision de Donald Trump d’imposer prochainement des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium et l’annonce par la Commission européenne d’éventuelles mesures de rétorsion de l’UE au cas celle-ci ne serait pas épargnée, comme pourraient l’être le Canada et le Mexique. Ces représailles commerciales frapperaient notamment à hauteur de 951 millions € les importations de produits agroalimentaires en provenance des États-Unis, dont le maïs (131 Mio €) et le bourbon (415 Mio €) (1). Selon le Copa-Cogeca, « ce conflit pourrait frapper durement les secteurs agricoles européen et américain, et c’est bien la dernière chose dont nous ayons besoin ».
Le président américain a affirmé que l’UE pourrait être exemptée des taxes qu’il veut imposer sur les importations d’acier et d’aluminium si elle « laisse tomber » ses « horribles barrières et tarifs douaniers » sur les produits en provenance des États-Unis, qui sont « injustes pour nos agriculteurs et fabricants ».
En discussion, les différends sur le bœuf « sans hormones »…
En attendant, le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a profité de la présence à Bruxelles, le 10 mars, du représentant américain pour le commerce, Robert Lighthizer, pour aborder notamment avec lui un dossier sensible : la part des États-Unis dans le contingent tarifaire d’importation dans l’UE de 45 000 tonnes de viande bovine ouvert à l’issue du conflit sur le bœuf aux hormones (2).
Fin 2016 déjà, les Américains avaient menacé de relancer ce conflit, estimant que les Européens ne tiennent pas leur engagement en important majoritairement, dans le cadre de ce contingent, de la viande venant d’autres pays (principe du « premier arrivé, premier servi »). En juillet dernier, ils ont tenté d’obtenir une part de 35 000 t réservée à leurs exportateurs, mais les autres fournisseurs (Argentine, Uruguay, Australie) s’y sont opposés, estimant, comme l’UE, que toute allocation spécifique pour un pays serait incompatible avec les règles de l’OMC.
Robert Lighthizer et Phil Hogan ont, selon un communiqué publié à l’issue de leur entretien, « examiné les préoccupations américaines […] dans le but d’identifier » les moyens de progresser sur le dossier d’une façon « compatible avec l’OMC ». Ils se sont déclarés « optimistes » quant à la possibilité de trouver une solution « à court terme ».
… et sur les olives espagnoles
Phil Hogan a également discuté avec son interlocuteur américain des mesures prises par les États-Unis contre les olives espagnoles sur la base d’enquêtes lancées en juillet 2017, à savoir des droits provisoires anti-subvention de 2 à 7 % (fixés en novembre 2017) et des droits antidumping provisoires de 14 à 19 % (janvier 2018) dont le niveau définitif devrait être connu en avril (3).
Une fois que les enquêtes seront finalisées, la Commission, qui assiste les autorités et exportateurs espagnols dans cette affaire, « analysera tous les aspects factuels et légaux de la décision américaine et envisagera toutes les options possibles », a réaffirmé le 9 mars la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, en réponse à une question parlementaire.
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Le dossier a également été abordé par le Parlement européen lors de sa session du mars à Strasbourg, dans le cadre d’une question orale à la Commission de Bruxelles dans laquelle les députés qualifient d’« attaque contre le soutien agricole de l’UE au titre de la Pac » la procédure américaine contre les olives espagnoles (4). Dans une résolution votée le 15 mars, l’Assemblée appelle Washington à mettre fin à cette procédure. Elle demande à la Commission de faire le nécessaire pour que, dans cette affaire, les États-Unis respectent les règles de l’OMC et d’étudier la possibilité de contester devant l’organisation mondiale une décision finale américaine qui pourrait affecter l’ensemble des bénéficiaires des paiements de la Pac.
(1) Voir n° 3635 du 12/03/18
(2) Voir n° 3613 du 09/10/17
(3) Voir n° 3629 du 29/01/18
(4) Voir n° 3631 du 12/02/18
Le TTIP plutôt que la « guerre », conseille le président du Conseil européen
« La proposition (de Donald Trump) d’imposer des droits sur l’acier et l’aluminium européens est un mauvais signe pour les relations transatlantiques. Au lieu de risquer une guerre commerciale, qu’il semble souhaiter mener, nous devrions viser une plus grande coopération », a déclaré Donald Tusk le 14 mars à l’issue d’un entretien à Helsinki avec le premier ministre finlandais, Juha Sipilä. « Quand le président américain dit qu’il n’est pas satisfait à cause des trop nombreux droits de douane et barrières entre l’UE et les États-Unis, je peux le comprendre », a ajouté le président du Conseil européen. « Nous ne sommes pas satisfaits non plus », a-t-il dit, ajoutant : « C’est la raison pour laquelle, il y a quelques années, nous avons démarré des négociations commerciales avec les États-Unis. Nous devrions revenir à ces négociations maintenant. Faites du commerce, pas la guerre, Monsieur le président ».
Les pourparlers entre l’UE et les États-Unis pour un Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) ont été interrompus dès l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche.