À l’annonce du contenu de l’accord UE/Mercosur, le ministère brésilien de l’Agriculture a annoncé envisager l’abaissement du niveau des taxes d’importation sur les équipements laitiers pour booster la compétitivité des éleveurs face à l’éventuelle concurrence européenne directe. En Argentine aussi, l’enthousiasme suscité par l’annonce de l’accord UE-Mercosur est nuancé par les inquiétudes vis-à-vis de la compétitivité du secteur laitier, qui serait plus exposé que les autres filières.
Le soutien enthousiaste et unanime apporté à l’accord de libre-échange UE-Mercosur par les principaux syndicats d’agriculteurs des pays membres du bloc sud-américain n’a rien d’étonnant : ils en sont les premiers intéressés et, par là, ses plus ardents défenseurs. Dès l’annonce de l’accord, le 29 juin dernier, leurs dirigeants ont félicité leur gouvernement respectif, tout particulièrement le corps diplomatique remercié pour ses longs efforts.
« Cet accord est un point de départ très important qui aura un impact positif à moyen et long terme, non seulement sur le commerce, mais plus généralement sur le développement de notre région », a dit Daniel Pelegrina, de la Société rurale argentine, au sortir d’une réunion à Buenos Aires, le 2 juillet, avec le président argentin, Mauricio Macri, qui a dit que l’Argentine pourrait ratifier l’accord « dans deux ans ». Le président de l’association rurale uruguayenne, Gabriel Capurro, dans une lettre ouverte au président de l’Uruguay, Tabaré Vázquez, assure que « l’accord est stratégique » et qu’« il dépend de notre intelligence, en tant que société, d’en tirer profit. » Le président de l’association rurale du Paraguay, Luis Villasanti, a également loué l’accord en y voyant le fruit du travail en commun, un exercice selon lui en phase d’apprentissage au sein d’une union douanière encore toute relative. Même ambiance à Brasilia où la Confédération nationale d’agriculture a célébré « un accord historique » dès son annonce en publiant une longue liste de prévisions économiques chiffrées optimistes pour l’agro-industrie brésilienne, lesquelles figurent depuis lors en « Une » de son site internet.
Asymétries des conditions de production
Pour le président brésilien, Jair Bolsonaro, son pays pourrait entériner l’accord « d’ici à trois ans ». « Tout dépend du Parlement”, a-t-il dit la semaine dernière. Avant de lui soumettre l’accord, le gouvernement brésilien l’examine au sein des ministères concernés. Or, la ministre brésilienne de l’Agriculture, Tereza Cristina, a déjà manifesté sa préoccupation pour l’avenir des éleveurs laitiers en vue de cet accord qui devrait éliminer les taxes à l’importation de fromages d’ici dix ans. Elle a déclaré, le 3 juillet, envisager de suspendre la taxe des équipements laitiers afin d’améliorer la compétitivité des éleveurs brésiliens.
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À Buenos Aires, le secteur laitier fait également l’objet d’inquiétudes en vue de l’accord commercial. « Je suis d’accord sur le principe » [de l’accord] car les pays du Mercosur représentent 5 % du PIB mondial tandis que les pays européens, 25 %, et parce que même sans aide publique, nous sommes plus compétitifs que nos pairs européens en bœuf, bien sûr, mais aussi en grains et en fruits à pépins », résume le trésorier de CARBAP [1], Horacio Salaverri. Il doute cependant de la solidité du secteur laitier face à une éventuelle concurrence directe de l’industrie laitière européenne. « Avant d’appliquer cet accord, il faudra d’abord diminuer les asymétries des conditions de production, d’où la période d’ajustement prévue par l’accord, de 7 à 15 ans », détaille-t-il.
« Il faudra d’abord diminuer les asymétries des conditions de production »
[1] Confédération d’associations rurales des provinces de Buenos Aires et de La Pampa