Pour les représentants des filières sucre et viandes, les effets de l’accord UE/Mercosur doivent être étudiés, non pas seulement par marché (viande, sucre), mais par segment de marché (aloyau, filets, sucre bio). Les marchés bien valorisés seraient particulièrement visés par les Sud-Américains.
Filets de poulet, aloyaux de bovins, jambons de porc, sucres bio. Dans le cadre de l’accord UE/Mercosur, les exportateurs sud-américains de viande et de sucre pourraient déstabiliser certains segments de marché bien valorisés en Europe, ont mis en avant les représentants de ces secteurs, auditionnés par le Sénat, le 17 juillet. « Au Canada, le produit le moins valorisé est le jambon, c’est le plus valorisé en France », a par exemple expliqué le président de l’interprofession porcine (Inaporc), Guillaume Roué. « Si on se prenait 80 000 tonnes de jambon, là ça changerait la donne. »
Le Paraguay s’intéresse au sucre bio
Les professionnels de ces secteurs, viande et sucre, ont donc plaidé pour que l’estimation des effets de l’accord se fasse segment par segment. « Il ne faut pas ramener le contingent d’importation à l’ensemble du marché européen », demande le président de la FNB (viande bovine), Bruno Dufayet. « Le segment visé par ces pays est juste le segment de l’aloyau, les morceaux nobles où nous créons de la valeur dans notre filière. » En viande bovine, le syndicaliste parlera donc plutôt du marché de l’aloyau (400 000 tonnes), que du marché de la viande bovine (7,5 millions de tonnes). Autre exemple en sucre : dans le contingent de 180 000 tonnes à droit nul, 10 000 tonnes seraient réservées au Paraguay, qui les utiliserait essentiellement pour le marché bio, affirme l’AIBS (interprofession sucre), qui met ce chiffre en regard de la production européenne de sucre bio, évaluée à 30 000 tonnes. « C’est aussi un vrai coup de canif dans le développement de cette filière », estime l’interprofession.
L’ensemble des considérations visaient notamment le président de la commission des affaires européennes du Sénat, Jean Bizet. A l’inverse de ses collègues députés du groupe LR, le sénateur de la Manche s’est fait le défenseur des accords de libre-échanges. Dans l’avenir agricole, il avait notamment relativisé leur portée en viande bovine, au regard de la taille du marché. Durant l’audition, il a répondu aux professionnels en regrettant que le secteur agricole porte, selon lui, « une position défensive » et qu’il y soit, en quelque sorte, contraint par ces décisions réglementaires en matière d’environnement, ou d’OGM.
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Inaporc appelle à une négociation internationale sur les standards de production
À l’occasion d’une table ronde au Sénat le 17 juillet sur l’accord UE/Mercosur, le président de l’interprofession porcine a élargi le débat aux règles internationales du commerce, pour demander qu’elles incluent des standards sanitaires de production. « Il faut revenir aux fondamentaux en incluant dans des débats mondiaux les accords SPS », a plaidé le président de l’interprofession porcine (Inaporc) Guillaume Roué, qui a rappelé qu’il était par ailleurs favorable au libre-échange. « Nous sommes (la France et l’UE, NDLR) aujourd’hui les seuls à mettre en avant les aspects sanitaires et phytosanitaires, bien-être animal… Nous ne pourrons pas continuer de faire la course en tête sans se faire rattraper. » Entré en vigueur en 1995 à la création de l’OMC, l’Accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) a notamment pour objectif de « limiter l’utilisation de mesures sanitaires et phytosanitaires injustifiées à des fins de protection du commerce ». Au niveau international, la France plaide pour que le Codex Alimentarius (normes de référence en matière de sécurité alimentaire), géré par la FAO et l’OMS, intègre des données environnementales et soit rendu obligatoire.