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UE/Mercosur : les organisations agricoles européennes redoutent la conclusion prochaine de l’accord de libre-échange

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Les organisations agricoles de l’UE redoutent la conclusion dans les prochains mois de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, ce qui, selon elles, reviendrait à « franchir la ligne rouge » non seulement pour leur secteur, mais aussi pour « tous les citoyens européens » qui souhaitent « une Europe plus verte, plus transparente et plus protectrice ».

La commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström « a confirmé qu’un accord avec le Mercosur pourrait être conclu dans les prochains mois », s’inquiètent les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) dans un communiqué daté du 24 mai, avertissant que « cela revient à franchir la ligne rouge fixée non seulement » par les acteurs de leur secteur, « mais également par tous les citoyens européens qui votent pour une Europe plus verte, plus transparente et plus protectrice » (1).

« Au Brésil, les normes environnementales, sanitaires et phytosanitaires imposées aux modèles de production sont inférieures à celles appliquées en Europe », souligne notamment le Copa-Cogeca. « Le Brésil profiterait donc d’un avantage concurrentiel clair et déloyal. En cas d’accord, le secteur agricole européen, qui est déjà sous pression, devrait lutter encore davantage pour sa survie puisqu’il serait confronté à des importations colossales de viande bovine, de sucre, de viande de volaille, d’éthanol, de riz, de jus d’orange et de bien d’autres produits » en provenance du Mercosur.

« Pas de majorité contre »

Le président du groupe de travail ‘viande bovine’ du Copa-Cogeca, Jean-Pierre Fleury, « ne voit pas de majorité politique au niveau des États membres de l’UE pour s’opposer à un accord » commercial avec le Mercosur dont la négociation a « beaucoup avancé », notamment sous la pression de l’Allemagne qui soigne en priorité les intérêts offensifs de son secteur automobile.

Selon lui, pour boucler ces pourparlers, la viande bovine européenne et ses territoires de production pourraient être « sacrifiés » avec l’offre au bloc sud-américain d’un généreux contingent d’importation. Et ce, souligne Jean-Pierre Fleury, alors que « ni la protection de l’environnement, ni le bien-être animal, ni la lutte contre le changement climatique ne sont dans le mandat de négociation de Bruxelles ».

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(1) Voir n° 3694 du 27/05/19

En France, les éleveurs montent au créneau

La Fédération nationale bovine française (FNB) a de nouveau dénoncé le 28 mai la position de la France vis-à-vis des négociations de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. À l’occasion de la réunion des ministres du commerce des Vingt-huit tenue la veille à Bruxelles, au lendemain des élections européennes, le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne a, assure-t-elle, indiqué que « la France, consciente de l’intérêt commercial de cet accord, souhaitait voir mis en place des dispositifs permettant le respect de nos normes sanitaires et environnementales ». « Un engagement illusoire, compte tenu des standards de production » du bloc sud-américain, selon la FNB.

« Au regard des résultats et des votes qui ont été exprimés, on a vu un souhait des Européens d’être protégés, un souhait que la dimension climatique soit pleinement prise en compte », a déclaré le secrétaire d’État français à son arrivée à cette réunion. Promettant que la France continuera « à pousser de façon très offensive » pour adapter la politique commerciale européenne, qu’il est « urgent de repenser ».