Pour la première fois, une étude met en relation un relevé de prix exhaustif et national dans les hypermarchés avec l’état de la concurrence dans 634 zones de chalandise. En effectuant ce travail, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir veut démontrer qu’il existe une forte relation entre la concurrence locale sur les zones de chalandise et les niveaux de prix observés. Un bon argument pour demander d’urgence une réforme de l’urbanisme commercial.
L’absence de concurrence dans la distribution alimentaire coûte des centaines d’euros aux ménages chaque année selon l’UFC-Que Choisir, qui propose de renforcer le rôle du Conseil de la concurrence pour contrer les positions dominantes des enseignes.
L’écart de prix du panier moyen entre deux hypermarchés du même groupe peut aller de 1,30 à 20% lorsque l’un fait face à des concurrents et l’autre non, constate l’association de consommateurs, dans une étude publiée la semaine dernière et portant sur un échantillon de 160 produits alimentaires de grande consommation dans 40% des zones de chalandises en France (soit 634 hypermarchés et zones de chalandise).
Un seul hyper dans un tiers des zones
« Il y a une minorité de zones de chalandises dans lesquelles les hypermarchés sont en réelle concurrence. Ces monopoles se sont constitués au fil des ans », a commenté Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir. Or « un hypermarché en situation de non concurrence augmente les prix », a-t-il ajouté. L’étude révèle que seules 26,9 % des zones sont «potentiellement» concurrentielles, le consommateur ayant le choix entre plus de deux hypermarchés. Cependant, dans 36,9 % des cas, il y a une concurrence «moyenne» avec seulement deux hypermarchés et dans 32,9 % il n’y a qu’un seul hypermarché, donc pas de concurrence.
L’écart de prix entre deux hypermarchés du même groupe, lorsque l’un est sur une zone concurrentielle et l’autre non, fluctue de +5 % à +20 %. Il est le plus élevé chez Carrefour (+20,56 %) et le moins chez Auchan (+5 %). Cet écart est de 7,22 % chez Cora et Casino, de 10,24 % chez Leclerc, de 11,14 % chez Intermarché et de 13,02 % chez Système U.
Donnant l’exemple de Carrefour à Marseille, UFC souligne que le consommateur paiera 5,45% plus cher au Carrefour du 15 e arrondissement que dans celui du 8 e arrondissement. En moyenne, pour un ménage marseillais moyen, cet écart représente un surcoût annuel d’environ 230 euros.
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Impact surtout sur le prix des marques
Dans le département de la Gironde l’association donne l’exemple de Leclerc. Un ménage de Talence paiera 9,32 % plus cher ses courses qu’un autre habitant de Port-Ste-Foy-et-Ponchapt, où Leclerc est concurrencé par un géant Casino. « Déménager permettrait au ménage de Talence de faire une économie annuelle d’environ 392 euros en moyenne », selon M. Bazot.
Les clients de ces hypermarchés achetant aussi des produits non alimentaires, les surcoûts sont encore plus élevés. UFC-Que Choisir ajoute que son étude a été réalisée en septembre 2007, à une période où les prix étaient relativement bas par rapport à « la grande inflation du dernier trimestre ».
« Notre estimation des écarts de prix est donc probablement bien en dessous de la réalité » actuelle, indique-t-elle. Dans les zones non concurrentielles, les hypermarchés préfèrent augmenter les prix des produits de grandes marques, particulièrement Carrefour et Auchan, alors que leurs marques propres restent peu inflationnistes.
Ce manque évident de concurrence doit être imputé à la réglementation relative à l’urbanisme commercial (lois Royer/Raffarin) qui a par ailleurs manqué son objectif qui était de protéger le petit commerce.