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Perspectives financières 2007-2013 Un accord sera «extrêmement difficile», avertit la présidence britannique

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Le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, dont le pays préside l’Union jusqu’à la fin de l’année, a annoncé le 16 novembre devant le Parlement de Strasbourg qu’il présenterait au début du mois prochain à ses homologues de l’UE « » en vue d’une tentative d’accord sur les perspectives financières 2007-2013 de la Communauté lors du sommet européen des 15 et 16 décembre à Bruxelles. Il a cependant répété qu’un compromis serait « » et, en tout cas, impossible « » de la dernière proposition soumise en juin dernier par la présidence luxembourgeoise, notamment en ce qui concerne le niveau du «chèque» britannique. M. Straw a également demandé «un calendrier clair» pour une révision complète des dépenses et des recettes du budget européen.

« Je crois que le facteur clé est la position britannique», a commenté devant des journalistes José Manuel Barroso le 16 novembre à Strasbourg, dans une référence au rabais britannique que Londres avait refusé de remettre en cause lors du sommet européen de juin. « Soyons francs. Pourquoi nos amis britanniques trouveraient-ils la clé en mars ou en juin s’ils n’y arrivent pas pendant leur présidence? Si on n’a pas d’accord en décembre, pourquoi en aurait-on un en mars ou en juin?», a insisté le président de la Commission européenne. « Tout le monde doit bouger, mais la présidence britannique a une responsabilité spéciale. C’est un grand moment pour notre analyse de l’action du premier ministre Blair». Une analyse que ne semble pas redouter Jack Straw. « Lorsqu’ils regarderont la présidence britannique, les historiens ne se souviendront pas du budget mais de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie et la Croatie» le 3 octobre, a affirmé le chef du Foreign Office devant les députés européens.

« Cela serait une énorme déception, particulièrement dans les nouveaux États membres s’il n’y avait pas de perspectives financières», a ajouté pour sa part M. Barroso. « C’est évident que nous avons besoin de plus d’argent à 25. Nous devons adapter le rabais britannique à ces nouvelles conditions».

Le président de la Commission avait estimé le 13 novembre, sur la radio Europe 1 et la chaîne TV5, qu’il « faut respecter le compromis de 2002» qui a sanctuarisé les dépenses de la Pac jusqu’en 2013. « Nous n’allons pas rediscuter un compromis» établi au niveau des chefs d’État et de gouvernement,a-t-il dit, alors que le premier ministre britannique lie tout compromis sur le «chèque» à une remise à plat de ces dépenses.

Respect des décisions de 2002; mais «remise à plat» nécessaire

Jacques Chirac a souligné le 10 novembre à Paris, à l’issue du 18e sommet franco-espagnol, que la France avait fait un effort « considérable» dans le cadre du compromis présenté en juin par le Luxembourg sur les perspectives financières de l’UE pour 2007-2013, affirmant que celui-ci se traduisait par « un supplément de dépenses de 11 milliards d’euros». «La France ne peut donc pas aller au-delà de cet effort», a averti le chef de l’État, déclarant aussi avoir « parfaitement compris» la position de l’Espagne qui avait refusé ce compromis en raison de la « baisse brutale, rapide» des fonds structurels et de cohésion dont elle bénéficie.

Le président français a également estimé qu’il fallait réexaminer «la participation de chacun au coût de l’élargissement, ce qui pose un problème de négociation avec nos amis britanniques».

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De son côté, le premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a plaidé pour un accord « juste et utile», assurant que « l’Espagne est prête à faire un grand effort au titre de la solidarité» avec les nouveaux membres. « Mais nous pensons que cet effort doit être équitablement réparti», a-t-il ajouté.

«Intérêt général» ou «intérêt propre»

« Nous sommes persuadés qu’il faut repartir de la base laissée à la mi-juin» par la présidence luxembourgeoise de l’UE, a déclaré pour sa part la ministre française des affaires européennes, Catherine Colonna, en visite au Portugal les 14 et 15 novembre. « Si on ne repart pas de cette base, il sera impossible de trouver un accord pour que l’Union ait un budget en 2007», au risque de se lancer « dans des années de discussion pour pas grand-chose», a-t-elle mis en garde, ajoutant: « Il ne faut pas oublier que la responsabilité de la présidence est de faire avancer le dossier dans l’intérêt général et pas seulement dans son intérêt propre».

Mme Colonna a également fait valoir que les divergences sur la Pac n’étaient pas le principal obstacle à un accord budgétaire à Bruxelles. Cette politique « a déjà été profondément réformée. On ne doit pas y toucher jusqu’en 2013», a-t-elle dit. Elle « est essentielle. Elle permet de veiller à la qualité des aliments et d’assurer l’autosuffisance alimentaire au sein de l’UE».

La ministre française a toutefois reconnu la nécessité d’une « remise à plat de la structure de financement de l’UE», citant l’échéance de 2010. « Nous savons qu’un jour il faudra revoir la structure des recettes, des dépenses et remettre les choses à plat ».