L’UE et les États-Unis ont signé, le 2 août 2019 à Washington, un accord visant à régler définitivement leur litige à l’OMC portant sur une augmentation des exportations de bœuf américain de "haute qualité", c’est-à-dire sans hormone.
L’accord signé avec les États-Unis prévoit une plus grande ouverture du marché européen à la viande bovine américaine, grâce à un quota plus important pour le bœuf américain sans hormones. L’UE va en effet ouvrir un contingent de 45 000 tonnes de viande bovine non traitée aux hormones aux fournisseurs américains remplissant les conditions requises. Sur les 45 000 tonnes du contingent tarifaire total, ce sont en effet 35 000 tonnes qui seront réservées pour les États-Unis et seront attribuées progressivement sur une période de sept ans (1). Dès la première année de l’entrée en vigueur de l’accord UE/États-Unis, les exportations de bœuf américain sans hormones vers l’UE devraient augmenter de 46 % puis de 90 % supplémentaires dans les 7 ans à venir. Les autorités du commerce américain estiment que la valeur des exportations américaines de viande de bœuf vers l’UE devrait passer de 150 millions de dollars à 420 millions, une fois l’accord pleinement mis en œuvre. Comme l’a rappelé Stavros Lambrinidis, ambassadeur de l’Union européenne aux États-Unis, ce dossier des exportations de bœuf américain vers l’Europe est un vieux sujet de contentieux de part et d’autre de l’Atlantique. En 1988, l’UE avait interdit la commercialisation de bœuf aux hormones sur son territoire pour des motifs de santé des consommateurs. En représailles, les États-Unis avaient taxé certains produits européens (comme les fromages, notamment français). Par la suite, un compromis était intervenu entre les deux partenaires, ouvrant la voie à un quota de viande bovine importée sans hormones. Dans les faits, ce quota a surtout été utilisé par d’autres pays, ce qui a exacerbé les tensions transatlantiques. Avec le nouvel accord, signé le 2 août dernier à Washington, l’UE va réserver une partie de son quota aux seuls éleveurs américains.
Risque de « concurrence déloyale »
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Du côté européen, de nombreux acteurs sont frileux à l’idée d’une arrivée de la viande en provenance des États-Unis : les consommateurs se montrant soucieux de la qualité de la viande dans leur assiette, et les éleveurs, se disant inquiets d’un risque de concurrence déloyale. Aux yeux de ces derniers, l’arrivée de viande bovine supplémentaire risquerait de tirer les prix vers le bas. Or, des États membres producteurs – comme la France – se trouvent déjà en situation quasi excédentaire en viande bovine. Les producteurs européens estiment être pris au piège de la concurrence exacerbée et considèrent que les accords de libre-échange que l’UE a tendance à multiplier avec des pays tiers leur créent des problèmes supplémentaires : hier le vote du CETA (accord de libre-échange UE/Canada), aujourd’hui l’ouverture au bœuf américain, demain le Mercosur…
(1) En vertu des règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), le contingent devrait également être ouvert à des fournisseurs non américains.