La politique suédoise des biocarburants, différente de celle de la France et du Brésil, consiste d’abord à lancer hardiment le marché de l’éthanol pour tourner la page du tout fossile dans les transports, puis, dans un second temps, à développer la production d’éthanol massivement et à coûts réduits à partir de bois. En France, Ford devrait bientôt commercialiser des voitures fonctionnant au bioéthanol.
La Suède a fait le choix de moins dépendre du marché mondial du pétrole, norvégien entre autres. Elle ne veut pas davantage dépendre de l’éthanol brésilien. Elle consomme trois millions d’hectolitres d’éthanol, soit trois fois plus qu’en France. Mais elle importe 80% de ses besoins. Elle a généralisé la distribution d’éthanol à 5% en mélange direct dans les essences pour les voitures conventionnelles. La Suède compte d’ailleurs demander à la Commission européenne de passer à 10%.
Bientôt 300 stations-service pour l’E 85
Mais parallèlement au mélange à 5%, le pays a organisé l’utilisation de l’éthanol à taux élevé (jusqu’à 85% dans les essences). Ce qui suppose d’avoir à la fois des voitures spéciales et un réseau suffisant de pompes dédiées à l’éthanol E 85 (éthanol à 85% et essence à 15%).
Le démarrage de la distribution à la pompe de E 85 remonte au milieu des années 1990. Une quarantaine de stations-service ont été équipées en pompes à E 85 à travers tout le pays, tandis que Ford a fait venir 350 Ford Taurus Flexifuel des États-Unis pour réussir ce qui était alors un projet pilote. Rappelons que le principe des voitures flexifuel consiste pour leurs moteurs à s’adapter aux différents paramètres de combustion, après analyse électronique du carburant du réservoir. Le conducteur peut ainsi passer du tout essence à l’E 85, ou inversement, sans avoir à s’en soucier.
Déjà, 250 stations-service distribuent de l’E 85. Ce nombre sera porté à 300 avant la fin de l’année, a indiqué Peter Chadwick, directeur de la communication chez Ford-Suède. L’E 85 est utilisé dans plus de 15 000 voitures flexifuel, dont 12 000 vendues par Ford.
Cet essor s’est réalisé à coup d’incitations fiscales. D’abord par l’exemption fiscale sur la distribution d’éthanol jusqu’en 2008, reconductible jusqu’en 2013. Ensuite par des réductions fiscales sur les achats de voitures propres (flexifuels, électro-hybrides, bi-fuels). Enfin par des coûts d’assurance réduits et le stationnement gratuit à Stockholm pour ce type de voitures.
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De l’alcool et de la colle
Des moteurs flexibles, des stations-services, il ne manque plus que la production d’éthanol.
Une première usine d’éthanol fabriquée à partir de fermentations de la cellulose sera construite en Suède en 2009, a déclaré le 11 octobre Per Carstedt, président de la Bio Alcool Fuel Fondation (BAFF : Fondation suédoise pour l’éthanol carburant). Une deuxième usine serait construite, au vu des résultats de la première. Une troisième unité verrait le jour en 2013, a ajouté M. Carstedt.
Pour l’instant, une usine pilote située à Örnsköldsvik dans le Nord de la Suède, région couverte de forêts, sert à la mise au point des procédés pour rendre rentable la production d’éthanol à partir des résidus de bois. L’usine est couplée à une papeterie, profitant de sa vapeur, de sa production électrique (de plus en plus de papeteries produisent et vendent de l’électricité, selon Torbjörn, ingénieur R &D chez Etek) et des facilités qu’offrent ses installations d’une manière générale. Les ingénieurs de l’usine cherchent à valoriser certains produits qu’on brûle aujourd’hui mais qui demain pourront être commercialisés sous forme de colles et d’engrais organiques, afin d’améliorer la rentabilité du procédé.
« Le monde a besoin de nouveaux champs »
Reprenant à son compte le slogan d’Exxon Mobil, « Le monde a besoin de nouveaux champs », Per Carstedt estime que le marché de l’éthanol ne se développe pas encore assez vite, étant donné que cette dépendance se fera maintenant dans un climat de fièvre sur les marchés pétroliers, en raison de l’arrivée des pays émergents. « Nous devons trouver une solution», a-t-il déclaré à Uméa, ville située à 500 km au nord de Stockholm. Il espère que la Suède sera auto-suffisante en carburants en 2020, voire capable d’exporter ! « À long terme, tous les pays seront capables de produire leur carburant», a-t-il estimé, considérant que « le Brésil ne pourra pas approvisionner le reste du monde».
La Suède, la Finlande et les États-Unis travaillent depuis plus de dix ans sur les procédés qui permettront, dans moins d’une décennie, de fabriquer massivement de l’alcool avec des matières premières à coût faible, comme le bois de rebut et les pailles. L’objectif est aussi de ne plus solliciter des matières alimentaires comme le blé, le maïs, la betterave ou la canne à sucre, qui demain, et peut-être plus tôt qu’on ne pense, peuvent manquer sur les marchés mondiaux. « La production de biomasse pour l’éthanol de bois ne nécessite pas de fertilisants », a ajouté M. Carstedt.