Deux académies, celle de l'air et de l'espace et celle des technologies ont présenté le 24 septembre leurs recommandations aux pouvoirs publics pour développer les biocarburants aéronautiques. Ces recommandations vont de la construction d'un cadre financier stable à la définition des priorités d'usage de la biomasse à la maîtrise du changement d'affectation des sols. La certification internationale est en place, il reste à lancer l'industrialisation.
L'Académie de l'air et de l'espace et l'Académie des technologies ont émis leurs recommandations pour poser les bases d'une filière de biocarburants aéronautiques. Construire une telle filière est déjà dans l'air du temps : les principales compagnies aériennes telles Airbus et Boeing mènent des expérimentations, la Commission européenne a fixé un objectif de deux millions de tonnes de biocarburants aéronautiques par an en 2020, et la ministre de l'Écologie a confié en juin dernier une mission au Conseil général de l'environnement et à celui de l'agriculture.
Inclure le domaine aéronautique dans la directive « énergies renouvelables »
Les recommandations des deux académies envisagent la construction d'un cadre financier stable : inclure le domaine aéronautique dans la directive « énergies renouvelables », pour dégager des moyens. Le carburant pour avions n'étant pas taxé, les leviers tels la défiscalisation sont inopérants. Les deux institutions appellent à la définition des priorités d'usage de la biomasse : il existe des compétitions avec les biocarburants routiers, entamées depuis plus de quinze ans, et une compétition plus récente avec des marchés en développement comme ceux des biomolécules, biomatériaux (fibres, polymères, plastiques…), des bio-ingrédients (cosmétiques, compléments nutritifs…).
Une autre recommandation est de « veiller à une planification rigoureuse de l'affectation des sols afin de limiter l'effet « changement d'affectation des sols », dossier qui est sous surveillance dans les instances internationales.
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Le cadre international se précise. Déjà plusieurs certifications ont été attribuées aux différents types de biocarburants : ceux qui sont issus des huiles végétales hydrotraitées, puis des sucres (de betteraves, canne et d'amidon), et prochainement du bio-isobutène. Cette molécule peut être issue de la transformation de la betterave, à telle enseigne que la société française Global Bioénergies, partenaire du sucrier champenois Cristal Union, mettra en service une usine de production de 50 000 tonnes fin 2018.
Une panoplie de gisements possibles
Quelles sont les gisements potentiels de matière première pour la production de biocarburants aéronautiques ? Les plantes oléagineuses, les huiles de friture, les graisses animales, les plantes sucrières, les céréales, les cultures ligno-cellulosiques, les micro-algues et les déchets organiques, a énuméré Bruno Jarry, président de la commission « biotechnologies » à l'Académie des technologies et administrateur de l'IFP - Énergie nouvelle.
Claude Roy, inspecteur du Conseil général de l'agriculture, a justifié le prix des biocarburants aéronautiques, double de celui de leurs homologues pétroliers, par le fait que « les carburants fossiles ne supportent pas le coût de leur renouvellement, alors que les biocarburants le payent, en rémunérant le travail des paysans et des industriels ». Il a par ailleurs souligné l'analogie entre une raffinerie de pétrole, qui génère une multitude de produits, des plus volatils (essence) aux plus lourds (plastiques, goudrons), et une bioraffinerie, dont les co-produits sont des molécules pour la pharmacie et des matières premières pour l'aliment du bétail.