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Un conglomérat chinois prêt à prendre le contrôle des activités industrielles du Cabanon

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> La coopérative vauclusienne Le Cabanon doit conclure très prochainement la cession de 55 % de ses activités de transformation de tomate d’industrie à un conglomérat chinois, Chalkis. Les producteurs français, dont l’interprofession a recherché une solution alternative, se montrent inquiets de l’avenir d’autant que les autres entreprises du secteur devront s’adapter à la nouvelle donne en améliorant davantage encore leur compétitivité.

Un protocole d’accord a été signé. La nouvelle devrait être officialisée très bientôt : Le Cabanon, en quête depuis plusieurs mois d’un partenaire extérieur, s’apprête à conclure un accord avec un conglomérat « militaro-industriel » chinois. Selon les termes du contrat prévu, le groupe Chalkis devrait acquérir une participation de 55 % dans les activités industrielles de la coopérative de Camaret-sur-Aigues, qui ont été filialisées récemment. Lui-même transformateur de tomates industrie dans la province du Xinjiang, au Nord-Ouest de la Chine, Chalkis exporte ses concentrés en Europe de l’Est, en Russie et au Moyen-Orient et vise désormais à développer ses positions sur les marchés américain et européen.

Depuis quelques années déjà, il fait affaire avec des importateurs d’Italie du Sud qui conditionnent ses produits avant de les re-expédier vers d’autres pays européens ou vers l’Afrique. Il a par ailleurs trouvé des débouchés en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux Pays-Bas, auprès des multinationales Heinz, Unilever Bestfoods ou encore Nestlé. Dans un souci de compétitivité sur le marché des marques de distributeurs, Le Cabanon, comme d’autres, s’est lui aussi approvisionné en concentrés chinois, mais aussi turcs, remarque un professionnel. Et pour cause : le concentré de tomate chinois, rendu à Marseille, est facturé 600 euros la tonne, droits de douane acquittés, tandis que le concentré français, ou italien, coûte 900 euros la tonne, départ usine.

Agressivité

En s’offrant Le Cabanon et son usine de seconde transformation à Camaret, Chalkis se rapproche de ses marchés et se dote d’une tête de pont vers l’Europe du Nord. Sans doute voit-il aussi dans l’opération l’opportunité de se lancer dans les marques de distributeurs, et partant d’augmenter ses ventes de concentrés. Car la Chine accroît très fortement sa production de tomates d’industrie : de 600 000 tonnes en 2001, celle-ci a été portée à 2,7 millions de tonnes en 2003, et devrait atteindre 3,5 millions en 2004. Les deux principaux opérateurs chinois affichent une « volonté très agressive » de s’imposer parmi les trois leaders mondiaux, souligne un spécialiste du secteur. Celui-ci ne trouve du reste rien à redire à la qualité de leur tomate d’industrie, qui atteint les mêmes standards que le produit européen, pour la texture, la couleur… En revanche, des interrogations peuvent porter sur les variétés, la sécurité sanitaire et la traçabilité des produits, souligne-t-il.

En 2003, les producteurs du Cabanon ont livré à leur entreprise 80 000 à 90 000 tonnes de tomates, volume qui devrait être ramené à 60 000 tonnes la première année du rapprochement avec Chalkis, et les années suivantes, espère-t-on, étant entendu que l’accord pourra être remis en cause dans le temps. Le nouvel actionnaire semble donc vouloir réduire l’activité de première transformation du Cabanon – outre les concentrés, l’entreprise produit des tomates pelées entières, des coulis et autres spécialités à base de tomates fraîches – mais continuer à accroître la seconde transformation. Le site de Camaret pouvant faire l’objet d’un investissement à moyen terme.

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Contre-projet

En 1997-1998, Le Cabanon avait investi dans la deuxième transformation, se dotant ainsi de nouveaux débouchés commerciaux. Mais en 2000, la recherche de références de concentrés par les pays producteurs a entraîné une chute des prix et la création de stocks importants. Pourtant, dès 2002, le groupe renoue avec l’équilibre opérationnel, mais il continue de faire face à des frais financiers importants, explique-t-on. Les producteurs adhérents de la coopérative, qui ont vu baisser leurs revenus du fait de la baisse des prix lié à cet épisode mais aussi à deux années de perturbations climatiques, n’ont pas pu recapitaliser l’entreprise, dont l’activité industrielle a été filialisée en décembre dernier dans la perspective de l’ouverture du capital. La vente du site de Lebenon, spécialisé dans les concentrés, les tomates pelées entières et la pulpe de tomate, a été décidée et reste d’actualité. L’interprofession de la tomate industrie, la Sonito, a un temps envisagé une reprise du site par les producteurs, accompagnée de la signature d’accords commerciaux avec d’autres transformateurs.

Elle a élaboré aussi un « contre-projet » au plan chinois, qui envisageait un plan de recapitalisation du Cabanon par les coopératives de la vallée du Rhône, qui ont finalement préféré jeter l’éponge. Autre partenaire pressenti, mais pour le seul volet commercial de ce plan, Conserve France a décliné, lui aussi. De fait, sa maison-mère, Conserve Italia n’a que l’embarras du choix, si rachat elle doit conclure : après les faillites de ses compatriotes Cirio et Parmalat, plus de 400 000 tonnes de capacités sont à vendre.

Compétitivité

Restait donc la solution chinoise. Alors que la production française de tomates d’industrie se réduit depuis 1999 (370 000 tonnes cette année-là, 310 000 en 2001 et 240 800 tonnes en 2002), les producteurs avancent désormais le chiffre de 200 000 tonnes à 220 000 tonnes pour la filière quand celle-ci dispose de 400 000 tonnes de droits à Bruxelles. Ils se disent inquiets des réactions des autres entreprises du secteur. Si le Cabanon réduit dans l’avenir ses prix de revient de 10 à 15 % grâce à une utilisation plus importante des concentrés de Chalkis, les autres opérateurs français, dont certains importent déjà des concentrés fabriqués hors de l’Union européenne, devront augmenter ces achats.

De surcroît, s’interroge un producteur, comment mener à bien une stratégie de qualité dès lors que le Cabanon pourrait être approvisionné pour bonne partie par des produits chinois ? Depuis 1995, la filière française est engagée dans un système de production raisonnée et a acquis un réel savoir-faire dans la sécurité sanitaire. En 2000-2001, elle a engagé la réflexion sur la création d’un signe de qualité ou d’une marque collective, dans le souci de pérenniser la production française, de la démarquer et de stabiliser ses parts de marché.