La hausse importante des prix de l’aliment du bétail a provoqué un ralentissement de la production porcine en Europe et au Canada mais n’a pas enrayé le dynamisme de la filière au Brésil, aux Etats-Unis et en Russie, note l’Office de l’élevage dans son rapport sur la conjoncture 2008. Dans ce contexte, l’Europe n’a tiré son épingle du jeu que grâce aux restitutions. En France, malgré une stabilisation de la consommation liée à la crise économique, le déficit des produits transformés risque de s’accroître davantage encore cette année.
L’explosion du coût de l’alimentation animale en 2008 a provoqué dans l’Union européenne une réduction significative du cheptel porcin des Etats membres. Les décapitalisations ont été particulièrement importantes (-12,8 %) dans les nouveaux Etats membres (NEM) et plus limitées (-3,6 %) à l’ouest. La baisse de la production n’est toutefois que d’environ 1 %, ce qui n’a pas empêché les exportations européennes de se développer fortement (+ 25 %), en particulier au 1er semestre, période où les opérateurs européens bénéficiaient de restitutions sur la viande porcine.
Forte demande russe et chinoise
Autres raisons à cette croissance, les autorités russes ont levé le moratoire sur la viande polonaise et le développement du marché russe et chinois en 2008 a permis de compenser le recul des exportations européennes vers le Japon et la Corée du sud lié à une parité euro/dollar défavorable et à un prix du porc plus élevé.
Le dynamisme des exportations et la réduction de la production européenne sont à l’origine de l’augmentation significative du prix du porc en Europe (+13,8 %). Cette hausse a seulement été freinée par la baisse de la consommation européenne (- 1,6 %) et la crise financière intervenue au quatrième trimestre, qui a fortement perturbé le commerce international.
En France, la baisse des effectifs de truies n’a pas entraîné de forte réduction de la production (- 1,2 %). Pendant la crise, les performances techniques des éleveurs se sont significativement améliorées et compensent en partie les décapitalisations. Le déficit commercial de la France continue de se creuser. En 2008, il atteint 26 millions d’euros. Le volume des exportations françaises a progressé de 2,6 %, tandis que celui des importations s’est accru de 4 %. Les opérateurs ont été très dynamiques sur les marchés tiers, en particulier vers la Russie et la Chine, mais reculent sur le marché communautaire. Les importations de viandes et de produits transformés en provenance de l’Union Européenne ont augmenté respectivement de 2,7 % et 11,0 %.
Le prix élevé de l’aliment tout au long de l’année 2008 (+30 %) a entraîné une dégradation rapide de la trésorerie des éleveurs français. Malgré les réductions significatives du cheptel réalisées en Europe, l’offre sur le marché français et communautaire est restée importante, et n’a pas permis de répercuter totalement la hausse des coûts de production sur le prix du porc en France (+10,4%).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Perspectives difficiles sans restitutions
Pour 2009, l’Office prévoit que la crise financière suivie de la crise économique devraient ralentir le commerce international. En l’absence de restitution, les opérateurs français ne pourront pas réitérer le niveau record des exportations en 2008. Le Brésil qui bénéficie de coûts de production moindres, devrait reprendre des parts de marché en Russie et en Chine (y compris via Hong-Kong), deux débouchés majeurs pour la France.
La parité euro/dollar s’est rééquilibrée et est devenue moins défavorable aux opérateurs français. Néanmoins, le prix du porc américain devrait rester plus faible que celui de l’Union européenne. Il sera donc difficile de récupérer les parts de marché perdues sur les marchés japonais et sud-coréen.
Concurrence intra-communautaire accrue
Les importations de viandes fraîches et congelées en provenance essentiellement de l’Espagne ne semblent pas s’essouffler et leur croissance devrait se poursuivre sur le même rythme en 2009. Les opérateurs américains commencent à prendre pied sur le marché français avec des expéditions de viandes congelées désossées en forte croissance. Le déficit commercial de la filière française sur les produits transformés, qui a bondi de 129 % en 2008 à plus de 33 000 tonnes, devrait continuer à se creuser à la faveur d’une croissance soutenue des importations en provenance des autres Etats membres de l’Union européenne.
La consommation de viande de porc s’inscrit dans un mouvement général de baisse de consommation des produits carnés. L’inflation générale sur les denrées alimentaires en 2008 incite les consommateurs à arbitrer en défaveur des viandes, en général plus chères que d’autres sources de protéines. La situation économique se dégradant, ce mouvement devrait se poursuivre en 2009 avec une stabilisation de la consommation française de porc.
Vers une remontée des prix ?
Une baisse significative en 2009 de la production en France et en Europe devrait orienter à la hausse le prix du porc. En raison d’une baisse concomitante de la consommation et des exportations sur les marchés internationaux, cette hausse devrait toutefois rester limitée (+ 15% environ par rapport à 2008). L’importance de cette reprise, conclut l’Office, dépendra de trois facteurs : le recul effectif de la production dans l’ensemble des bassins de production d’Europe (lié aux décapitalisations de 2008), le maintien de la compétitivité de la viande européenne sur les marchés internationaux et l’évolution de la consommation en France et en Europe.