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« Un crime contre l’humanité »

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«L’utilisation de produits alimentaires comme source d’énergie peut avoir des conséquences graves sur la demande de nourriture si la croissance de l’utilisation de carburants verts continue », avertit le Fonds monétaire international (FMI) dans un récent rapport. « La décision d’un pays de promouvoir les carburants verts tout en protégeant ses propres agriculteurs peut faire augmenter les prix à l’importation des denrées alimentaires pour un autre pays, très probablement plus pauvre, avec des conséquences pour la croissance et l’inflation », explique-t-iI.

Selon le FMI, cet impact peut être atténué si les Etats-Unis et les pays de l’UE producteurs de carburants verts réduisent leurs droits de douane sur l’importation de carburants verts en provenance de pays émergents comme le Brésil « où leur production est meilleur marché, plus efficace et moins nuisible pour l’environnement ».

Dans le même temps, le rapporteur de l’Onu sur le droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler, a plaidé à New York pour un moratoire sur la conversion à la production de biocarburants de terres jusque-là destinées aux cultures vivrières, ce qui fait monter les cours mondiaux des denrées alimentaires. « C’est un crime contre l’humanité » d’utiliser des terres destinées à la production de nourriture pour produire des biocarburants, a-t-il affirmé, indiquant qu’il était à la recherche de soutiens pour son projet de faire imposer un moratoire de l’Onu qui « interdirait une telle pratique pour cinq ans ».

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En revanche, selon M. Ziegler, avec les progrès rapides de la recherche scientifique, « en cinq ans, il sera possible de produire des biocarburants à partir de déchets agricoles ».

Par ailleurs, selon une étude de la banque canadienne CIBC, la politique américaine de subventions à la production d’éthanol a peu d’effet sur le bilan énergétique des Etats-Unis, mais attise l’inflation. « Le détournement du maïs de son rôle d’aliment vers celui de carburant présente, au mieux, un bilan énergétique net douteux, mais son incidence sur le prix des aliments, qui est déjà importante, ne peut qu’augmenter avec le temps », affirme l’économiste Jeff Rubin dans cette étude.

Enfin, le président russe Vladimir Poutine a encouragé récemment les agriculteurs russes à se tourner vers la production de cultures dédiées aux biocarburants, et à récupérer ainsi une partie du marché d’exportation occupé actuellement par les hydrocarbures. Peu de pays produisent suffisamment de denrées agricoles pour se permettre de les transformer en carburant, a-t-il noté au cours d’une séance de questions-réponses télévisées. « La Russie en fait certainement partie, étant donné son territoire gigantesque », a-t-il ajouté.