Après le soutien d’organisations agricoles et écologistes à la culture de la luzerne cet été, un soutien parlementaire. Rémi Delatte, député UMP de Côte-d’Or, a présidé un colloque qui s’est tenu à l’Assemblée nationale le 28 octobre, sur le thème « Sauver la luzerne en France », avant les discussions sur le bilan de santé de la Pac, de début novembre à Bruxelles. Rémi Delatte a annoncé qu’il ferait une communication sur cette production auprès du ministre de l’Agriculture Michel Barnier.
La filière de la luzerne craint que la culture ne périclite dans les prochaines années, car la Commission européenne envisage de supprimer l’aide spécifique à la déshydratation (33 euros /tonne) de fourrages (luzerne principalement), qui permet de compenser une partie du manque de compétitivté de la luzerne par rapport au soja importé. Cette aide coûte à l’UE 0,2% de son budget agricole.
Bruxelles devrait trancher en novembre, dans le cadre du bilan de santé de la Pac. D’où l’ampleur des réactions face à ce projet.
« La Pac a tué les protéagineux, la nouvelle Pac s’apprête à aller plus loin dans ce sens en laissant tomber les cultures dites mineures : lin, chanvre, luzerne », a souligné Jean-Pol Verzeaux, président de Coop de France Déshydration.
La luzerne bonne pour le bio, les abeilles…
Sous la présidence du député Rémi Delatte, plusieurs intervenants ont tenu à justifier leur soutien à la luzerne.
« La luzerne est une culture indispensable au développement de l’agriculture biologique en région Champagne-Ardenne », a d’abord expliqué Annick Mortier, présidente d’Agro Bio Ardennes. En effet, cette plante se prête particulièrement, de par ses propriétés agronomiques, à l’agriculture bio. Ainsi, son système racinaire parsemé de nodosités la rend capable d’assimiler directement l’azote atmosphérique. « C’est une donnée fondamentale en agriculture biologique où les apports d’azote minéral de synthèse sont interdits ».
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En outre, si la luzerne disparaît, « les dernières ruches disparaîtront aussi en région Champagne-Ardenne, car c’est la seule plante mellifère qui fleurit en été », a ajouté Philippe Lecompte, apiculteur et président du réseau Biodiversité pour les abeilles. Coop de France Déshydration prépare une expérimentation aux champs qui devrait montrer l’impact de la culture de luzerne sur la production de miel et la santé des abeilles.
… et pour les marges des producteurs
Gilles Lemaire, directeur de recherches à l’Inra, a quant à lui insisté sur l’aspect économique de cette culture. Les réductions d’intrants qu’elle entraîne sont bonnes pour les marges des producteurs, parce qu’elle réduit leurs coûts de production : réductions d’engrais azotés grâce à la capacité de la plante d’assimiler l’azote atmosphérique, mais aussi de pesticides, parce qu’en cassant la monoculture de blé ou de colza en Champagne-Ardenne, principale région de production, « elle rompt le cycle des bio-agresseurs ». « Le Grenelle de l’environnement n’est tenable que s’il s’accompagne d’une diversification des cultures dans les rotations », a-t-il extrapolé.
Pour Bernard Cressens, directeur des programmes de WWF-France, il faut que la culture de la luzerne soit soutenue, et ce « dans le cadre du premier pilier de la Pac ». « Si l’on continue dans un système où ce sont les producteurs de céréales qui touchent les aides, la Pac sera morte dans deux ans », selon lui. En clair, il plaide pour le soutien aux productions difficiles à conduire, qui risquent de disparaître sans un appui financier de la collectivité.
Rémi Delatte a rassemblé dès le 29 octobre tous ces avantages dans une communication à Michel Barnier.