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Un élevage de canards reproducteurs fermé après une vidéo de L214

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Le 20 août, l’association abolitionniste L214 a publié une enquête dénonçant une situation « totalement hors de contrôle » dans un élevage de canards reproducteurs pour le foie gras. Les pouvoirs publics ont fermé le site et ouvert une « action pénale » contre l’exploitant.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, les sanctions contre l’élevage ciblé le 20 août par L214 se durcissent alors que l’enquête progresse. « Par contrôles complémentaires à ma demande, ce n’est pas un, mais trois sites du même exploitant qui sont fermés à Lichos et dans les Landes », a annoncé le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, le 21 août sur Twitter. La veille, L214 avait diffusé une vidéo dans laquelle elle dénonçait une situation « totalement hors de contrôle » dans un des bâtiments de cet exploitant, situé à Lichos et abritant des canards reproducteurs pour le foie gras.

L’association abolitionniste mentionne un bâtiment « délabré contenant des dizaines de cages défoncées », des canards vivants côtoyant des animaux « morts en état de putréfaction, parfois même à l’état de squelettes », ou encore un sol « recouvert d’une couche de 15 cm d’excréments ». « Ce flot de déjections s’écoule également à l’extérieur, à proximité d’un cours d’eau classé Natura 2000 », précise L214. « En quinze ans d’enquête de terrain, jamais je n’avais vu une situation pareille ! », résume Sébastien Arsac, porte-parole de l’ONG.

La préfecture ferme un autre site « non déclaré »

Dans cette affaire, la Rue de Varenne a pris soin d’afficher sa rapidité de réaction. Dès que « le ministère […] a eu connaissance [de ces informations] le 19 août », il a « immédiatement » demandé une enquête à la préfecture, laquelle a confirmé « certains des manquements à la réglementation », d’après un communiqué du 20 août. Un vétérinaire s’est aussi rendu sur place le même jour « afin d’examiner dans le détail l’état des animaux et prendre les mesures de sauvegarde nécessaires ».

Après cette première enquête, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a annoncé le 20 août « l’interdiction totale et immédiate d’exploiter […] jusqu’à sa remise aux normes » pour le bâtiment incriminé, avant de « suspendre toute activité sur ce site » le lendemain. Car en poursuivant les investigations, les enquêteurs ont en effet « constaté d’autres non-conformités au plan sanitaire et en matière de protection animale ».

De son côté, la préfecture des Landes a mené des « contrôles complémentaires sur des sites identifiés appartenant au même exploitant ». Dans un communiqué du 21 août, elle indique avoir découvert et fait fermé un « site non déclaré » et un « site déclaré sans activité mais dont l’état d’abandon fait peser des risques sanitaires et pour l’environnement ».

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Une vidéo « mensongère » selon la copropriétaire

« La vidéo est fausse, mensongère et malhonnête », s’est défendue Aurore Vidal, copropriétaire de l’élevage mis en cause, dans un entretien à l’AFP. « Sur la partie extérieure, le lisier qui se déverse, c’est la vérité, reconnaît l’éleveuse, mais tout ce qui est cadavres, asticots et tout le reste, c’est faux ». « Les services vétérinaires sont venus hier (le 19 août, NDLR) et n’ont rien constaté de tout ça. » Et d’expliquer « qu’il y a eu, il y a quelque temps, des intempéries qui ont fait bouger le bâtiment ». Aurore Vidal a indiqué à l’AFP qu’elle compte porter plainte pour « diffamation et entrée par effraction » contre L214.

De son côté, réagissant dans un communiqué le 20 août, le Cifog « condamne fermement les conditions décrites par cette vidéo ». L’interprofession des palmipèdes à foie gras pourrait se porter partie civile « dans le cadre d’une éventuelle procédure judiciaire engagée par l’État ». Dans son propre communiqué du même jour, l’IGP canard à foie gras du Sud-Ouest (signe de qualité dont faisait partie l’élevage incriminé) adopte le même ton et « se réserve toute possibilité d’entamer des poursuites sur le plan judiciaire ».

Justement, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a indiqué qu'« une action pénale [contre l’exploitant] est […] ouverte pour des délits envers les animaux ». S’appuyant sur son enquête, L214 exige « un audit de l’ensemble des élevages de canards reproducteurs et couvoirs de la filière foie gras ». Une requête rejetée par la Rue de Varenne, pour qui « il faut lutter contre ces cas isolés mais, en aucun cas, jeter le discrédit sur toute une filière ». « Je le dis : cet exploitant ne représente en rien l’élevage français », a conclu Julien Denormandie dans son tweet du 21 août.

Le Cifog condamne les « conditions décrites par cette vidéo »