Agriculteurs, PME, commerçants, artisans se sont opposés à la remise en cause du seuil de revente à perte, qui est envisagée dans la réforme de la loi Galland, en discussion au Sénat.
Dans un communiqué commun publié le 15 juin, la FNSEA, la CGPME, l’UPA (Union professionnelle artisanale) et la CGAD (Confédération générale de l’alimentation de détail) s’opposent à une modification du seuil de revente à perte, défini par la loi Galland de 1996. Le seuil de revente à perte est un niveau de prix minimum qui ne doit pas être inférieur au prix d’achat officiel du commerçant auprès du fabricant. La réforme de la loi Galland est en discussion au Sénat, avant de l’être à l’Assemblée nationale, avec de longs débats en perspective.
Une guerre des prix destructrice d’emplois
Modifier le seuil de revente à perte entraînera « une guerre des prix destructrice d’emplois et d’entreprises », indique le communiqué commun. Toute baisse des prix est répercutée sur les producteurs agricoles, soit directement, dans le cas des producteurs de fruits et légumes, soit in fine via les industriels leur demandant de participer aux concessions qu’ils ont faites, explique-t-il. Or, les producteurs agricoles « ne peuvent continuer de vendre au-dessous de leurs coûts de production ». La seule réponse « sera la délocalisation de la production agricole ». L’enjeu est « leur survie et celle du monde rural ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les petites enseignes fragilisées
Les petites enseignes seront fragilisées, poursuit le communiqué, la guerre des prix conduisant à la disparition du commerce de proximité qui, « ne bénéficiant pas de la manne des marges arrière, ne pourra faire face aux prix d’appel de la grande distribution ». Quant aux PME fournisseurs, « qui n’ont déjà plus aucun pouvoir de négociation face à la grande distribution », le transfert des marges arrière vers l’avant (c’est-à-dire vers le prix affiché au consommateur) se traduira mécaniquement par une hausse de la coopération commerciale. Pour survivre, elles « devront réduire leurs coûts au maximum et donc licencier, à défaut elles perdront le peu de place qu’elles occupent encore dans les linéaires ».
En outre, la course aux prix bas favorise le risque de crise sanitaire. Les crises observées (dioxine, ESB) « ont pour origine la recherche du coût minimal », rappellent les quatre organisations. Enfin, cette guerre des prix occasionnera « une perte de référence de la valeur des biens pour le consommateur » : comment justifier qu’un bien vendu à un prix un jour le soit à prix cassé un autre jour ? « Cela ne fera que renforcer ses craintes et ralentira une fois de plus la croissance ».