Au fil des années, la Russie et l’Ukraine organisent leurs agricultures, qui deviennent plus performantes. En matière de céréales, le potentiel de production de la mer Noire reste très important, comme l’ont expliqué les spécialistes invités par l’Académie d’agriculture le 19 mars.
Petit à petit, la mer Noire reconquiert son statut de « grenier à blé ». Son potentiel de développement est énorme. C’est ce qu’ont montré les experts invités à Paris le 19 mars par l’Académie d’agriculture. Selon Jean-Jacques Hervé, conseiller du ministre de l’Agriculture ukrainien, « le doublement du rendement céréalier en Ukraine est parfaitement accessible ». Le pays a pour lui l’essentiel : des terres noires, profondes, à fortes réserves hydriques et à très grande richesse minérale. Elles couvrent 50 % du pays. S’y ajoutent des sols un peu moins riches mais de très bonne qualité. Sur ses 42 millions d’hectares cultivables, le pays disposerait de 30 millions d’hectares de bonnes terres. Parmi ceux-ci, 20 millions seraient même qualifiés d’excellents. Les rendements céréaliers, pour le moment de 2,7 t/ha, pourraient donc facilement dépasser les 5 t/ha. En blé, le potentiel serait de 6 à 10 t/ha, et en maïs de 8 à 10 t/ha.
Investir dans la technologie
De tels progrès nécessiteront bien sûr un peu d’investissement. Le réseau d’irrigation doit par exemple être rétabli dans le sud du pays, et globalement, les technologies manquent. « Mais les banques comprennent que les clients sont solvables », a souligné le conseiller du ministre. Le pays compte notamment 17 000 entreprises agricoles qui travaillent plus de 1 000 hectares de SAU chacune. 25 sociétés disposent à elles seules de 2,5 millions d’hectares. Elles sont en partie détenues par des groupes industriels étrangers à l’agriculture qui cherchent à diversifier leurs investissements. Des clients potentiellement très intéressants pour les banques.
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L’agriculture russe plus encadrée
Pour Ivan Grigorievitch Ouchatchev, directeur de l’institut d’économie Agrire, la Russie a mis un certain nombre d’atouts de son côté depuis deux ans. Ce qui devrait lui permettre de faire décoller sa production. Pour preuve, « en 2007, la production a augmenté en valeur de 3 % », a précisé le spécialiste. En 2006, le pays a voté une loi d’orientation pour l’agriculture. « Nous aurions aimé un texte plus concret », a avoué Ivan Grigorievitch Ouchatchev. Mais la loi pose tout de même un cadre pour les cinq prochaines années. La même année, le gouvernement a décidé de mettre en place un projet prioritaire de développement en agroalimentaire. Il vise notamment à accélérer le développement de l’élevage, des petites formes d’entreprises agricoles, et à faire avancer le problème de l’habitat en milieu rural. Dernière grande décision : la mise en place d’une régulation des marchés de matières premières agricoles. « La situation agricole est désormais stabilisée, a remarqué Ivan Grigorievitch Ouchatchev. Elle va maintenant pouvoir se développer ». D’autant plus que la hausse du coût des intrants dont souffrait le pays depuis des années s’est arrêtée l’an dernier. Témoignage du dynamisme de l’agriculture russe : les salaires du secteur, même s’ils restent faibles, ont augmenté de 34 % en 2007 contre 24 % pour le reste de l’économie.
Des réformes à peaufiner
Tout n’est pas fait. Comme l’a signalé Sergey Feofilov, directeur d’Oukragroconsult, « des réformes se sont développées dans les pays exportateurs, mais elles ne sont pas complètement achevées ». « La question de la vente et de l’achat des terres n’est pas réglée », a-t-il ajouté. Sur le plan commercial, des ratés surviennent encore. La Russie a par exemple eu beaucoup de mal à faire respecter les règles qu’elle a imposées cette campagne à ses exportateurs. Malgré sa volonté de limiter les exportations de blé à 13,5 Mt, l’Etat en aurait laissé partir 16 Mt faute de pouvoir contrôler les entreprises exportatrices. En 2007/2008, le gouvernement ukrainien s’est aperçu qu’une politique de quotas à l’export n’arrivait pas toujours à freiner l’ascension des prix des céréales sur le marché intérieur. L’entrée du pays dans l’OMC devrait encore modifier la donne.