Après les multiples actions de l'été, en France mais aussi en Europe, motivées par la crise des productions animales, le 3 septembre devait constituer une date majeure pour l'élevage français. Une importante manifestation agricole était prévue à Paris tandis que le Premier ministre devait annoncer un nouveau plan de soutien au secteur. Cependant, en évaluant à plus de 3 milliards d'euros le besoin d'investissement des filières agricoles et alimentaires, le président de la FNSEA Xavier Beulin voulait élargir le dossier à l'ensemble des maillons de la chaîne, depuis la transformation jusqu'à l'élevage, en passant par l'abattage.
Le 3 septembre, une manifestation de grande ampleur, organisée par la FNSEA et les JA risquait de semer le désordre sur les axes d'accès vers la capitale. Pas moins de 1 000 tracteurs y étaient attendus, avec plus de 3 000 agriculteurs. Le gouvernement s'est engagé à annoncer le même jour de nouvelles aides à destination des agriculteurs en général mais des éleveurs en particulier. C'est ce qu'ont promis François Hollande et Manuel Valls qui recevaient, le 24 août au matin, Xavier Beulin et Thomas Diemer, les présidents de la FNSEA et des JA, en présence de Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture.
Si le problème est largement agricole, ce n'est pas le seul maillon touché par les difficultés. C'est ce que répète à l'envi Xavier Beulin, président de la FNSEA. En évaluant à trois milliards d'euros le besoin d'investissement des filières agricoles et alimentaires, le président de la centrale syndicale paysanne a voulu élargir la question à l'industrie agroalimentaire. À l'entendre, l'agroalimentaire français n'a pas suffisamment investi depuis des années, contrairement à ses concurrents européens. Interrogé par Agra, Xavier Beulin cite la filière volailles. Une étude récente y a évalué les besoins d'investissement à un demi milliard d'euros : 350 millions d'euros au stade de l'abattage découpe et 150 millions environ au niveau des élevages. Il insiste : « Il y a un besoin urgent de soutenir l'investissement, notamment chez les transformateurs. Il y en a eu trop peu dans ces secteurs ». Et de suggérer qu'une évaluation précise des besoins devrait être faite, entre les professionnels, l'Etat et les régions.
RENONCER AU SAUPOUDRAGE
Il faut renoncer, selon lui, au saupoudrage traditionnel des aides mais les cibler sur des projets industriels précis. Un soutien public de l'ordre de 10-15% des besoins pourrait s'avérer efficace. Le diagnostic, filière par filière avait d'ailleurs été fait, dans le cadre des plans de filière qu'avait lancé Arnaud Montebourg, alors ministre du gouvernement Ayrault. L'office FranceAgriMer dispose lui aussi d'une analyse des besoins secteur par secteur. Des interprofessions et leurs instituts techniques, comme l'Ifip pour le porc ont eux aussi évalué les investissements nécessaires.
Si Xavier Beulin insiste tant sur l'industrie d'aval, c'est qu'il s'aperçoit qu'en général c'est le maillon agricole qui investit le plus. « Un agriculteur s'endette 3 à 4 fois plus que les autres maillons de la filière, confie-t-il, alors même que sur 100 euros de valeur des aliments vendus au consommateur, seuls 8 euros lui reviennent ». Une capacité d'investissement sans doute également permise par un régime fiscal incitatif. Xavier Beulin a vivement demandé que soit relancée la pression sur les industriels et distributeurs pour rehausser les prix d'achat aux éleveurs. Il y a encore des écarts de prix qui sont inacceptables, affirmait-il en substance, évoquant à la fois le porc, le lait et la viande bovine.
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MORATOIRE SUR LES NOUVELLES RÉGLEMENTATIONS
Les normes, notamment écologiques, sont également dans le collimateur des syndicalistes. La FNSEA demande un moratoire pour 2016 : qu'aucune norme supplémentaire ne vienne s'imposer aux paysans. D'une manière générale, la France ne doit qu'appliquer les directives européennes, sans en rajouter.
De fait, l'Union européenne a largement la main sur les solutions à apporter à la crise de l'élevage. Le prochain conseil des ministres de l'agriculture à Bruxelles, prévu le 7 septembre, pourrait être crucial. Et il concerne autant l'industrie agroalimentaire que les éleveurs eux-mêmes.
ROUVRIR LE MARCHÉ RUSSE
Syndicats et pouvoirs publics se disent sur la même longueur d'onde. La France demandera davantage d'achats de stockage (intervention) par Bruxelles, des efforts supplémentaires pour rouvrir le marché russe et la possibilité d'étiqueter l'origine des viandes dans les produits transformés. Le commissaire européen à l'agriculture s'est montré, fin août, très prudent sur les mesures que pourrait décider Bruxelles. Le 27 août, à l'issue d'une rencontre avec la filière porcine, le ministre français Stéphane Le Foll se montrait néanmoins déterminé. Entre Bruxelles et Paris, entre les pouvoirs publics et les syndicats agricoles, entre le court terme et les besoins structurels, une série de décisions majeures semblent en jeu. Pour définir la viabilité et la compétitivité à moyen terme de l'élevage français.