Abonné

Produits bio Un marché d’avenir… en manque d’offre

- - 9 min

Le marché des produits biologiques se retrouve face à une problématique nouvelle : la raréfaction de l’offre. Il y a encore quelques années très confidentiel, le marché continue sa progression. Le phénomène de fond se confirme, les consommateurs y voyant une voie d’avenir face aux problèmes environnementaux, si l’on en croit le cinquième baromètre de l’Agence Bio sur les évolutions de la consommation. Mais la production française semble ne pas suivre le développement de la demande, qui aurait crû de 20% entre 2005 et 2007. Cette augmentation se trouve ralentie par une offre limitée. Si on compte, en 2006, 4 883 transformateurs et préparateurs certifiés biologiques, ceux-ci pourraient à terme éprouver des difficultés à s’approvisionner en matière première en France. Le crédit annuel de 5 millions d’euros alloués à la filière pour sa structuration par Michel Barnier, dans le cadre de son plan « Agriculture biologique Horizon 2012 », est un pas engageant. Cette structuration de la filière biologique participerait à l’élargissement de l’offre, avec en ligne de mire la baisse des prix.

Représentant un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros hors taxes en 2007, soit 1,31% des ventes du secteur agroalimentaire, le marché des produits biologiques sort de l’ombre. S’il reste encore un secteur de niche, il réussit néanmoins à se développer de manière certaine depuis 1999, les consommateurs étant toujours au rendez-vous, selon le cinquième baromètre de l’Agence Bio, groupement d’intérêt public en charge du développement et de la promotion de l’agriculture biologique. « Nous pouvons vous confirmer, avec cinq années de recul, que la consommation de produits biologiques n’est pas une tendance mais bien un phénomène de fond », s’enthousiasme Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio.

Si plus de 4 Français sur 10 consomment un produit bio au moins une fois par mois, un tiers des Français ont déclaré avoir l’intention de développer leur consommation bio au cours des six mois suivant l’enquête et 68 % ont dit souhaiter la maintenir. C’est principalement sur les fruits et légumes, la viande, les produits laitiers et le pain que l’augmentation de leur consommation est envisagée. 84 % des Français souhaitent le développement de l’agriculture biologique, toujours selon le baromètre de l’Agence.

Croissance à deux chiffres

Alors que les marchés agroalimentaires évoluent en moyenne de 2 à 5% par an, les ventes de produits biologiques enregistrent des croissances qui font rêver. En 2006, la consommation a progressé de 11 à 12 % par rapport à l’année précédente et entre 13 et 14 % en 2007, selon des estimations « aux dires d’experts » révélées par l’Agence Bio. En 2007, entre 300 et 400 nouveaux magasins spécialisés se sont ouverts, pour atteindre un parc de 1 800 points de vente. En 2008, l’Agence Bio attend une progression légèrement moindre à 200 voire 300 points de vente supplémentaires. Si les grandes et moyennes surfaces restent les lieux d’achat privilégiés pour 70 % des consommateurs notamment pour les produits laitiers, les magasins spécialisés sont fréquentés par 31 % d’entre eux essentiellement pour acheter des produits d’épicerie, des boissons et des compléments alimentaires.

Mais, « les tendances à la hausse se trouvent légèrement ralenties, au vu de la raréfaction de l’offre », a déclaré Elisabeth Mercier. La production française ne suit donc plus l’augmentation de la demande. La moitié des fruits et légumes est déjà importée, même si ce chiffre est à nuancer étant donné que les fruits exotiques, notamment, ne sont pas présents sur notre territoire. 40 % de l’épicerie sèche, sucrée et salée, proviennent également d’autres pays, chiffre encore une fois à nuancer puisque café et quinoa par exemple ne sont pas disponibles en France.

Tension sur les marchés

Cette année se singularise par un problème d’approvisionnement, ou tout du moins une « tension sur le marché ». Pour Didier Perréol, président de l’Agence Bio et p.-d.g. d’Euro-nat, « il ne faut pas que le marché accélère trop rapidement, pour que la production suive. C’est une question d’équilibre ». Selon Pascal Gury, président du groupe bio de Coop de France, « il n’y pas aujourd’hui un manque avéré de produits biologiques mais il faut surveiller l’avenir. La demande ne doit pas aller plus vite que la production. A l’heure actuelle, il y a plus une tension sur le marché qu’un manque de matières premières », insiste-t-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

promotion
Suivi
Suivre
consommation
Suivi
Suivre

Dans cette perspective, les ambitions de Michel Barnier, quant au développement de la production biologique, semblent bien accueillies, même si la filière reste vigilante sur la mise en place des actions envisagées. Le plan quinquennal « Agriculture biologique Horizon 2012 » du ministre de l’Agriculture vise notamment à augmenter de 20% la production française. En 2006, seulement 2 % des surfaces agricoles étaient consacrées aux produits biologiques. « Alors que les conversions en surface biologique augmentent de 2,5% par an environ, le marché, lui, progresse de 10 à 20% ces dernières années. Les chiffres parlent d’eux-mêmes », souligne Christophe Barnouin, p.-d.g. de Distriborg, leader de la production et de la distribution de produits biologiques. « L’agriculture biologique était auparavant plus valorisée. Or les matières premières conventionnelles ont vu leur prix augmenter. Quand on connaît les coûts de production imposés par le biologique, l’attractivité est moindre. Certains agriculteurs préfèrent arrêter leur production biologique pour revenir vers une production standard », poursuit-il.

Au risque de perdre en qualité

Et le risque premier reste de perdre en qualité. Les industriels qui veulent sécuriser leurs approvisionnements, se tournent vers des pays européens mais également vers des pays tiers. « La raréfaction de l’offre fait que les industriels vont devoir organiser un sourcing plus large au niveau européen mais également au niveau des pays tiers. Si l’Europe a un cahier des charges garantissant la qualité des produits, ce n’est pas forcément le cas des pays tiers. Le risque de se fournir dans des pays dont les produits sont de moins bonne qualité reste présent », explique Christophe Barnouin. Le développement de Distriborg est notamment construit sur l’intégration verticale des filières d’approvisionnement. Selon son pdg, nouer des partenariats dans la durée avec des fournisseurs, le plus souvent des PME ou des TPE, leur permet d’assurer un débouché à leur production. Et c’est bien là que l’agriculture biologique trouve à présent l’une de ses limites.

Aller vers davantage de contractualisation entre industriels et producteurs reste un enjeu majeur. Le budget annuel de 3 millions d’euros pour une période de cinq ans accordé par Michel Barnier devrait aider à la structuration de la filière. « C’est d’une grande importance pour mobiliser la filière bio qui était jusqu’à présent isolée par rapport au reste des entreprises de production. Ce crédit va faciliter l’optimisation et le développement de la production pour permettre un meilleur ajustement entre l’offre et la demande », note Elisabeth Mercier. « C’est un pas prometteur de la part de Michel Barnier qui montre une volonté de développer la filière biologique. Il faut encourager la structuration pour avoir une filière biologique forte. Les transformateurs doivent s’engager auprès des producteurs locaux pour qu’ils puissent avoir une vision sur le long terme », indique, de son côté, Didier Perréol.

Elargir l’assortiment

En 2006, le nombre de transformateurs et de préparateurs certifiés bio s’est élevé à 4 883 entreprises. En 10 ans, le nombre d’entreprises portant le logo français AB a été multiplié par huit. Pour 2007, l’Agence Bio attend de nouveau une augmentation « certaine » du nombre d’entreprises certifiées. Peu d’entre elles sont finalement totalement spécialisées dans le bio. Sur l’ensemble des entreprises certifiées, seulement 8 % réalisaient 100% de leur chiffre d’affaires grâce aux produits biologiques. Selon le Synabio, « l’importance n’est pas d’avoir plus d’entreprises, mais que chacune développe plus de volume ». « Notre objectif est que le consommateur élargisse son panier. On voit déjà que les points de vente sont de plus en plus grands. L’assortiment est donc plus large. Pour preuve, l’ouverture récente du plus grand magasin spécialisé en bio de 1 000 m 2 à Chartres » , souligne Didier Perréol. Sur la filière porcine et laitière, la contractualisation serait déjà forte mais d’autres catégories sont à la traîne.

Augmenter les volumes pour baisser le prix

Structurer la filière participerait à l’augmentation des volumes, qui mécaniquement permettrait la diminution des prix, même s’ils resteront toujours plus élevés qu’un produit standard, du fait des contraintes de production. Le prix reste encore un frein important au développement du marché biologique. Selon le baromètre de l’Agence Bio, les Français intéressés sont prêts à payer les produits biologiques jusqu’à 11% plus cher et 13% chez les acheteurs ou consommateurs habituels. « Le prix doit être représentatif de la qualité intrinsèque du produit. Le fonds de structuration permettra aussi de mieux maîtriser les frais logistiques. Avec le développement de l’offre, les produits biologiques seront de moins en moins cher mais le prix plus élevé restera le reflet de la qualité », souligne Elisabeth Mercier.