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Engrais Un marché en reprise que les industriels jugent néanmoins menacé

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Si le marché des engrais s’est fort bien porté pour la campagne 2007/2008, avec des prix en hausse et des volumes livrés en très forte progression, les industriels français demeurent reservés sur l’avenir. La concurrence accrue que pourraient exercer la Russie et l’Ukraine sur le marché français les préoccupe, ainsi que la montée des exigences réglementaires liées à l’environnement.

«Nous sommes revenus au-dessus de la barre des 10 Mt de produits livrés que nous avions passée à la baisse en 2006/2007 », a indiqué Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa (Union nationale des industries de la fertilisation), le 23 septembre en conférence de presse à Paris. Une bonne nouvelle, qui ne peut que réjouir les fabricants d’engrais français. En azote et en potassium, la hausse des livraisons s’élève respectivement à 8,9 et 8,6 %. En phosphore, elle monte à 13,7 %. « Sur ce chiffre, il faut compter 5 % de stock de report d’une campagne à l’autre », a signalé le délégué général, ce qui conduirait à une hausse moyenne d’un peu plus de 8 %. Pour l’Unifa, 4 % sont dus à la hausse des surfaces de céréales. Le reste est lié pour l’azote à la volonté des agriculteurs de soigner les bons potentiels de rendement du printemps, et pour le potassium et le phosphore, à leur souhait de « réinvestir dans le capital sol », estime Philippe Eveillard, de l’Unifa.

Des marchés qui devraient rester haussiers

En ce qui concerne l’azote, les producteurs français ont maintenu leurs parts de marché à 48 %, les pays tiers n’intervenant qu’à hauteur de 14 %. Cette bonne santé en volume se double de prix élevés. Selon l’Unifa, les cours, qui se sont ajustés avec un temps de latence, reflètent aujourd’hui la réalité des coûts des matières premières et notamment la hausse du prix du gaz naturel. Selon Daniel Grasset, président de l’Unifa, « les marchés des fertilisants n’ont pas de raison fondamentale de s’orienter à la baisse dans les dix-huit prochains mois ». Pour 2007, le chiffre d’affaires de l’industrie française monte à 2,8 milliards d’euros contre 2 milliards en 2006 et 1,75 milliard en 2005.

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Inquiétude concernant les importations russes et ukrainiennes

Reste que les industriels, s’ils s’estiment « revenus dans une industrie normale en terme de performance », selon Daniel Grasset, ne s’affichent pas sereins face à l’avenir. Un de leurs objets d’inquiétude : le régime dérogatoire accordé en juillet par Bruxelles à certains exportateurs russes dans le cadre du renouvellement des droits antidumping. Ceux-ci auront le droit d’exporter chez les Vingt-sept jusqu’à 12 % des besoins européens en ammonitrate. « Nous avons un risque énorme de voir arriver des produits à prix cassés », a estimé Gilles Poidevin. L’Unifa aurait souhaité un dispositif progressif, harmonisé avec une hausse du prix du gaz naturel sur le marché domestique de la Russie, pour l’instant très inférieur à celui du marché international. L’Unifa craint par ailleurs que les 12 % du volume total européen se concentrent sur les deux principaux marchés des Vingt-sept que sont la France et le Royaume-Uni. Des inquiétudes s’expriment également concernant le renouvellement en 2009 des mesures anti-dumping mise en place en 2007 vis-à-vis de l’ammonitrate ukrainien. Pour l’instant, rien n’est garanti. Sur ces deux dossiers, Bruxelles semble vouloir trancher davantage en fonction de considérations géopolitiques et stratégiques qu’en tenant compte des intérêts de la filière.

Vigilance concernant les permis d’émission de gaz à effet de serre

Les fabricants d’engrais sont également préoccupés par les évolutions réglementaires en matière d’environnement. Pour le moment, le gouvernement français ne semble pas en phase avec les propositions des professionnels concernant la réduction des émissions de protoxyde d’azote, gaz généré lors de la fabrication de l’acide nitrique, plus nocif pour l’effet de serre que le CO2. « Nous sommes d’accord pour rentrer dans une logique proactive de développement durable, mais à condition que cela ne se fasse pas au détriment de nos investissements et des importations venant de l’extérieur », a précisé Gilles Poidevin. La vigilance reste donc de mise.