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Prix de la viande Un médiateur appelé à résoudre le conflit entre industriels et éleveurs

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Les éleveurs victimes d’une mauvaise conjoncture sur le marché de la viande bovine ont obtenu le 10 novembre un premier relèvement des prix à la production et du même coup mis fin aux principaux blocus organisés aux abords des usines du groupe Bigard. Le retour du n° 1 de l’abattage à la table interprofessionnelle a permis l’adoption de premières mesures de sortie de crise sur lesquelles le ministère de l’Agriculture a mis tout son poids.

Le ministère de l’Agriculture a nommé un médiateur, l’inspecteur général Loïc Gouëllo, pour assurer une sortie de crise dans le secteur de la viande bovine. Après des jours difficiles marqués par des manifestations avec blocages de 9 usines du groupe Bigard, le leader de l’abattage de viande, les éleveurs fournisseurs de l’entreprise ont obtenu que celle-ci et l’ensemble des industriels de la viande s’engagent à « augmenter de 0,05€/kg carcasse le prix d’achat de la viande issue de vache allaitante et de 0,02€/kg celle de vache laitière », comme l’a annoncé la FNSEA à l’issue de deux réunions organisées en urgence par le ministre Bruno Le Maire, avec la Fédération nationale bovine, les Jeunes agriculteurs et Jean-Paul Bigard, président du groupe Bigard.
En outre, les demandes de référé contre les éleveurs des abattoirs de Cholet, Cherré et Coutances ont été levées le 11 novembre par la société Bigard dont les sites ont été « libérés » le jour même. Depuis, les négociations continuent sous l’égide du médiateur et au sein d’Interbev pour traduire dans les faits certains points obtenus par les éleveurs (généralisation de la machine à classer, fin de l’indexation du cours de la viande bovine de race allaitante sur celui de la vache laitière de réforme, campagne de communication...).

Un effort est attendu de la grande distribution
Le groupe Bigard, dans un communiqué du 12 novembre, a invité les acteurs économiques, dont la grande distribution, à mettre en œuvre les engagements pris. « Des engagements destinés à redonner des perspectives aux éleveurs ont été pris. Ils seront tenus […] Le groupe Bigard contribuera à leur mise en œuvre en proportion de ce qu’il représente. J’attends des autres acteurs économiques, dont la grande distribution, la même détermination à soutenir l’élevage français », a déclaré Jean-Paul Bigard. Au travers du Sniv-SNCP, dont il est le président, il soumettra par ailleurs, a-t-il dit, des « propositions pour refonder le dialogue interprofessionnel aujourd’hui affaibli par des rapports de force ». Concernant les machines à classer, question sur laquelle le groupe a été mis en cause par la Fédération bovine, Jean-Paul Bigard a précisé que, « 17 des 23 abattoirs de plus de 3 000 tonnes exploités par le groupe Bigard en sont d’ores et déjà équipés […] Il reste 6 abattoirs à équiper et ils le seront dans les délais convenus ».
Cependant, sur la question du prix à la production, qui devra pareillement être relevé par les autres industriels comme par les coopératives, il n’a échappé à personne que l’accord du 10 novembre est bien loin de répondre à la demande initiale des éleveurs qui voulaient 60 centimes de plus au kilo. Mais Pierre Chevalier, président de la FNB, a lui-même reconnu qu’une telle hausse devait « se faire progressivement ». L’essentiel, à ses yeux, était de « faire revenir une entreprise qui fait 42% de l’abattage dans l’interprofession ».

Les industriels croient plus à des mesures structurelles
De son côté, le Sniv-SNCP a donné son analyse des faits dans sa lettre hebdomadaire en rappelant qu’à la fin octobre son président avait « proposé de venir à la rencontre du conseil d’administration de la FNB du 3 novembre, proposition qui avait reçu une fin de non-recevoir » et qu’à défaut, il leur avait transmis ces trois constats :
– 60 centimes par kg de carcasse sur toutes les catégories de bovins, c’est l’équivalent de la masse salariale de l’industrie des viandes (environ 700 M EUR sur base annuelle), expliquait-il, et inscrire une telle hausse dans un accord interprofessionnel poserait un vrai problème de concurrence, susceptible d’amendes européennes (il y a eu un précédent il y a 10 ans). Impossible, en outre, de répercuter pareille somme dans les prix car « la restructuration industrielle n’a pas créé un monopole capable d’imposer au marché un prix industriel : la concurrence existe tant entre les industriels français qu’avec les concurrents étrangers » ;
– les cours ne sont ni verrouillés ni les plus bas d’Europe : les prix actuels ont dépassé ceux de 2009 et 2008 et se rapprochent du niveau de fin 2007, remarque le Sniv-SNCP, soit 15 % au-dessus de la moyenne européenne. Et le syndicat s’inscrit en faux contre ceux qui prétendent que la consommation augmente : ce sont les abattages (donc l’offre et non la demande) qui ont augmenté de 3 % ;
– cette crise n’est pas conjoncturelle et nécessite des décisions structurelles : les questions que le Sniv-SNCP posait à l’interprofession en décembre 2009 restent non résolues, et si le monde de la production est en crise, les industriels de la viande affichent les plus mauvais résultats des IAA ; ils pourront donc montrer à l’Observatoire des prix et des marges que « l’industrie n’est pas responsable du désastre économique de l’élevage. C’est à tous les niveaux que la filière dans son ensemble doit se restructurer de façon concertée », ajoute le syndicat.
Enfin, les industriels insistent pour que leurs 27 propositions consignées dans un mémorandum en octobre dernier (1) débouchent sur des décisions. Le travail réalisé par Philippe Rouault sur la compétitivité des IAA françaises renforce leur conviction et les conduit à « demander maintenant à l’Etat et à l’interprofession d’agir ».

1. Cf Agra alimentation n°2124 du 07.10.2010 page Une

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