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Congrès JA Un ministre de l'Agriculture excédé face à des jeunes agriculteurs… excédés !

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Le congrès des jeunes agriculteurs (JA) s'est déroulé « sous tension » du 16 au 18 juin au Mans. Stéphane Le Foll n'a pas fait d'annonce mais a été vivement interpellé par les congressistes. Il manifestait, apparemment, un « ras-le-bol » certain.

Soupirs, yeux au ciel, tête entre les mains…, Stéphane Le Foll semble être fatigué et surtout excédé par les problématiques du monde agricole, lors de son exercice de questions-réponses au congrès des Jeunes Agriculteurs (JA), le 18 juin. Situé pourtant au Mans, sur « les terres » du ministre, l'événement n'en a pas moins représenté une confrontation entre Stéphane Le Foll et les jeunes agriculteurs. Versement des DJA (dotations aux jeunes agriculteurs), rapport de force avec la distribution, déclaration Pac, environnement, loup, barrage de Sivens, il a dû se confronter et se justifier durant près d'une heure face à des JA très remontés. « Y-a-t-il encore un ministère de l'Agriculture face au ministère de l'Environnement ? Y-a-t-il encore simplement un ministre de l'agriculture ? », s'interrogent les jeunes avec virulence. « Pourquoi m'avoir invité alors s'il n'y a plus de ministre !? », répond Stéphane Le Foll. Face au non-versement des DJA, il rappelle que huit régions dont les Pays de la Loire vont déclencher ce versement dans les jours à venir. Les autres régions devraient suivre puisque « l'Etat fera les avances », affirme-t-il. Visiblement ce discours est déjà entendu, mais rien ne se débloque pourtant en région à entendre Thomas Die-mer, président des JA. Stéphane Le Foll plaide : « Le ministre a le dos assez large, mais que chacun assume sa part de responsabilité », « le ministre doit peser, doit agir mais il ne peut régler tous les problèmes », « pour l'export, le ministre a sa part de responsabilité dans les négociations, mais ce sont les industriels qui font du commerce, pas le ministre ! », etc. C'est toute une série de petites phrases que Stéphane Le Foll enverra au cours de ses prises de parole pour expliquer que son action reste limitée, mais que lui assume ses responsabilités.

Chacun doit prendre ses responsabilités

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Concernant les rapports de force entre les maillons de la filière, il reconnaît par exemple ses limites : « Je n'ai aucun droit de me mêler des relations commerciales. […] Il faut sortir de ce jeu imbécile où chacun se renvoie la balle : les agriculteurs aux transformateurs, les transformateurs à la distribution, la distribution au marché. Chacun doit prendre ses responsabilités ». Il évoque les trois heures de négociations « difficiles et douloureuses » de la veille dans la filière viande bovine et « comprend la colère des jeunes ». Il les « entend », mais semble cependant ne plus les écouter en fin d'intervention où il se trompe sur la réponse à donner à la question d'un JA. Il ne fera pas d'annonce, malgré l'attente forte des congressistes. Thomas Diemer, Xavier Beulin et David Bourdin, président des JA de la Sarthe, apprécient la confrontation et sourient. Corinne Orzechowski, préfète de la Sarthe, un peu moins. C'est elle qui interviendra pour arrêter le débat. L'arrivée de Stéphane Le Foll avait été saluée par une chanson de Florent Dornier, secrétaire général des JA, sur l'air de « Hallelujah », de Jeff Buckley : « Les JA n'ont plus la foi dans les beaux discours des politiques. Monsieur Le Foll, le changement c'est pour quand ? ». Critique, la chanson se veut pourtant comme une prière. Les congressistes affichent un « HELP » blanc sur fond noir. La salle, debout, a repris en cœur les « alléluia », face à un ministre assis. L'ambiance était donnée. Xavier Beulin, parlera d'« un moment émouvant ». Stéphane Le Foll n'en gardera certainement pas le même souvenir.