Après les manifestations nationales du 2 et 3 juillet, la FNSEA a de nouveau attiré l'attention sur la détresse des éleveurs de porcs, de bovins viande et de lait. Pour Xavier Beulin, la France organise la liquidation de son élevage. Le syndicat insiste sur l'urgence des hausses de prix, et demande la tenue d'un débat parlementaire autour de « l'avenir de l'agriculture ».
Désespoir, détresse. Les termes choisis pour qualifier les manifestations qui ont eu lieu dans la nuit du 2 au 3 juillet « n'ont pas été choisis pour provoquer, mais bien pour retranscrire l'état d'esprit dans les filières d'élevage », a lancé, lors d'une conférence de presse à Paris le 7 juillet, un Xavier Beulin particulièrement remonté. Le président de la FNSEA estime que la crise que traversent actuellement les productions de porc, viande bovine et lait marque « un moment grave pour l'agriculture ». De mémoire de syndicaliste, il n'est « pas sur d'avoir jamais reçu autant de sollicitations ». Lui-même interpellé, lors de la manifestation de Saint-Brieuc (Côtes d'Armor) le 3 juillet, par un éleveur de porcs qui lui demandait rudement de faire « respecter l'élevage », il juge « un peu fort que les responsables professionnels soient chahutés tandis que les pouvoirs publics passent entre les gouttes ». Prix bas, nouvelles normes réglemen-taires, pressions locales exercées auprès des projets de modernisation d'élevage... Pour Xavier Beulin, « on est en train d'organiser la liquidation de l'élevage. Si nous étions des entreprises de droit commun, 400 éleveurs devraient déposer le bilan. Ils pompent dans leurs réserves personnelles, patrimoniales, pour tenir le plus longtemps possible, mais les fonds propres sont négatifs dans les bilans d'exploitations ! » Selon lui, la situation est explosive : « l'été ne se passera pas dans la situation actuelle ! Chaque semaine des initiatives se prennent un peu partout en France ».
« L'urgence, c'est les prix »
Pour le leader de la FNSEA, « les paysans veulent d'abord une réponse pour le court terme. L'urgence, c'est les prix ! Tant que nous ne pourrons pas de hausse de prix à l'éleveur, nous ne pourrons pas nous engager dans des discussions plus structurelles ». Lors de la conférence de presse, le syndicat a fait le bilan des engagements des hausses de prix par l'aval dans les filières porc et viande bovine : « A de rares exceptions, ils n'ont pas été suivis d'effets, constate-t-il. Il y a des impératifs économiques partout, mais nous ne tolérerons plus que les opérateurs se renvoient la balle. » A destination de la filière porcine, il a indiqué : « Ce n'est pas parce que le cadran côte à - 2 cents qu'on ne peut pas payer plus, par exemple par de la contractualisation ». La FNSEA demande aux pouvoirs publics de « faire le job », de faire respecter les engagements pris auprès d'eux par les transformateurs. Le 9 juillet, Stéphane Le Foll, expliquait sur RTL que légalement, il n'a « aucun moyen d'aller sanctionner une entreprise parce qu'elle n'appliquerait pas un accord » ni de « définir et imposer un prix ». Et de conclure : « Si ça pouvait aller plus vite, franchement, je vous le dis, je le ferais ! »
Un plan de désendettement de l'élevage
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Lors des manifestations du 3 juillet, Xavier Beulin a demandé la tenue d'un débat au Parlement « tant la situation est grave et grande la détresse des agriculteurs ». « Je demande un débat à l'Assemblée Nationale et au Sénat, un débat digne de ce pays avant que la France ne perde son agriculture, ses paysans, ses territoires, ses productions, ses emplois et ses espoirs », a-t-il écrit dans une déclaration adressée au chef du gouvernement et aux présidents des deux assemblées. Le 7 juillet, il a annoncé qu'un débat se tiendrait prochainement au Sénat, où la droite est majoritaire, sur « l'avenir de l'agriculture française ». A l'Assemblée, le président du groupe Les Républicains (LR), Christian Jacob, a demandé, le même jour, au Premier ministre de mettre en place « un plan d'urgence pour l'agriculture française », sans réponse positive jusqu'ici. Xavier Beulin défend l'idée que «si nous avons une ambition pour l'agriculture, il faut un plan massif pour désendetter les élevages». Et de proposer : « la BCE est prête à mettre 1100 milliards en rachats de dette. Pourquoi ne pas racheter la dette des producteurs ? »
Al'issue d'une réunion consacrée à l'investissement dans l'agriculture et l'agroalimentaire, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé, par un communiqué le 2 juillet, la mise en place prochaine d'un fonds de garantie pour le secteur agricole. La création de cet outil devrait aboutir à l'automne, estime le ministère. Il sera mis en place « dans le cadre d'un par-tenariat entre l'État, la Banque européenne d'investissement, le Siagi (société de caution mutuelle des entreprises), BPI France, les filières et interprofessions et l'Association des régions de France (ARF)». L'objectif est « de mettre en place un dispositif public de garantie pour faciliter l'accès des agriculteurs au financement de leur trésorerie et de leurs investissements ».
Les producteurs de lait et les éleveurs de porcs et de bovins, étranglés par les baisses des prix de leur production, ont commencé dans le 2 juillet au soir à converger vers les préfectures de l'Ouest principalement, au volant de tracteurs transportant des pneus et de la paille. Pour cette soirée d'action, baptisée « nuit de l'élevage en détresse », à l'appel de la FNSEA et du JA, par convois de plusieurs dizaines de tracteurs, ils ont entrepris des opérations escargot, provoquant, comme dans la Manche, des ralentissements (jusqu'à 20 kilomètres au total sur deux axes menant à Saint-Lô), selon le centre régional d'information routière (CRIR) basé à Rennes. A Saint-Lô, avec soixantaine de tracteurs, plus d'une centaine d'agriculteurs ont bloqué des ronds points, déversé du fumier et des pneus qu'ils ont enflammés, selon la police. « C'est le bazard. Les incendies sont assez conséquents. Les pompiers ont du mal à arriver sur place », a commenté une policière. A Rennes (Ille-et-Vilaine) et Saint-Brieuc, même scenario, avec des convois de tracteurs munis de remorques chargées de paille et de pneus, se dirigeant vers les préfectures. A Saint-Brieuc, le président de la FNSEA Xavier Belin était attendu vers 22 h 00.