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Société Un monde sans élevage est-il envisageable ?

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« Supprimer l’élevage, c’est engager l’humanité dans la voie de la régression économique, du déséquilibre nutritionnel, de la pénurie alimentaire et donc de la régression de l’humanité », a affirmé Pascal Mainsant de l’Académie de la viande. Démonstration.

Ras le bol des attaques contre la viande ! L’Académie de la viande a donc décidé d’y répondre, il y a plus d’un an, pour remettre les pendules à l’heure et préparer le prochain congrès de la viande à Paris. René Laporte, secrétaire de l’Académie, et Pascal Mainsant, ancien économiste de l’Inra et membre de l’Académie, ont présenté une première version de leurs travaux de recherche, le 14 février. En reprenant les attaques, ils ont répondu point par point et rappelé l’essentiel : l’homme a survécu au cours des millénaires car il était omnivore et donc carnivore. Ainsi, si notre ancêtre était végétarien et arboricole, avec les millénaires, il acquiert la capacité de valoriser la chair animale. Ce côté omnivore va lui permettre de coloniser les continents plus facilement puisqu’il trouvera toujours « un petit quelque chose à se mettre sous la dent », préoccupation principale de l’homme de l’époque. Il invente peu à peu des outils en lien avec la chasse et la découpe des animaux, s’interroge sur de nouvelles techniques de chasse, crée des liens avec d’autres animaux comme le chien pour faciliter les prises, améliore ses outils.

Viande et développement de l’homme

En parallèle, l’homme structure son langage, développe ses capacités de communication avec ses congénères et son cerveau. Avec la domestication, il crée « le stock de nourriture sur pied », comme le décrit très justement Pascal Mainsant, ce qui améliore sa survie puisqu’il n’est plus besoin de se lancer dans des chasses dangereuses et consommatrices d’énergie pour un retour aléatoire. La faim diminue, notamment en hiver et la mortalité de l’homme suit le même chemin. En produisant lui-même la viande, l’homme se dégage du temps pour autre chose (construction, art, artisanat, politique…). « Nous avons survécu car nous étions carnivores », conclu Pascal Maisant. « Sans la chasse, rien de ce qui nous est arrivé depuis 3 millions d’années ne serait arrivé », souligne-t-il. L’homme s’est même adapté à cette consommation de viande au niveau de son tube digestif (intestin grêle développé) pour pouvoir récupérer au mieux tous les éléments nutritifs disponibles dans la viande. Par ailleurs, la consommation de viande lui est même devenu indispensable puisque son corps est incapable de produire, par lui même, certaines molécules nécessaires à son développement. Il s’agit des fameux acides aminés essentiels qu’il doit chercher dans son alimentation.

La viande, un aliment indispensable

Consommer certaines légumineuses permet de s’affranchir de la viande, mais gérer finement son alimentation devient alors une obligation, particulièrement pour les bébés et les enfants en croissance afin d’éviter toute carence, dommageable pour l’organisme à long terme. D’après Pascal Mainsant, l’apport quotidien recommandé de protéines est de 56g par jour pour un homme (48g pour une femme). En prenant des aliments à base de végétaux, cela reviendrait à 3 ou 4 kg de légumes à manger par jour ou 2 baguettes de pain. Reste aussi la possibilité d’acheter des compléments alimentaires, réservés à une élite argentée. Ces éléments remettent en cause les régimes végétariens et végétaliens, prônés par de nombreux « attaquants » de la viande. Toujours sur le thème de la santé, David Khayat, président de l’Institut national du cancer, réfute l’argument de la viande comme source de cancer chez l’homme. « Les risques pour la santé n’apparaissent que s’il y a une consommation excessive ou une mauvaise cuisson ou une mauvaise conservation des aliments et ceci pour tous les produits alimentaires », déclare-t-il. De plus, si visiblement, les habitants des pays riches peuvent consommer plus de viande grâce à leur pouvoir d’achat, ils s’adaptent. En dix ans, la consommation de viande et de produits issus des œufs aurait chuté de 6,9% en France (source Inca-2).

Suffisamment de terres pour l’élevage

Sur le sujet des terres cultivables dédiées à l’élevage ou de la rentabilité d’alimenter par des céréales les animaux, Pascal Mainsant rappelle que « ce n’est pas l’alimentation animale qui limite la production de biens alimentaires mais plutôt le manque de revenus et de ressources pour les agriculteurs des pays en voie de développement. » Bovins, ovins, caprins… valorisent extrêmement bien les végétaux cellulosiques (herbe, feuille, paille…), ce que les humains sont incapables de faire. Sans parler de la source de revenus, de capitaux, de fertilisation, d’emplois… que représente l’élevage dans le monde, surtout si l’on sait que la population des pays en voie de développement est à 46% agricole, contre 6% dans les pays riches. « Si l’on retire l’élevage, on retire les revenus de plus d’un milliard d’hommes. Et plus deux milliards d’humains seront carencés (faim cachée) », relève Pascal Mainsant.

L’effet de serre a un côté positif

Côté effet de serre, René Laporte, évoque le fait que les ruminants ne sont pas les seuls producteurs de méthane et que ce gaz n’est pas le seul à contribuer à l’effet de serre. Par ailleurs, le méthane a l’avantage d’être réabsorbé rapidement dans la nature (10 ans), à l’inverse du gaz carbonique (110 ans) ou du protoxyde d’azote (150 ans). Le réchauffement climatique est un processus lent qui, s’il entraînera de nouvelles zones de sécheresse ou des déplacements de population, permettra également de valoriser, sans engrais, des terres riches proches des pôles et d’améliorer les rendements du fait du hausse de la pluviométrie. Quant au calcul de la FAO concernant la production de 18% des gaz à effet de serre (GES) par l’élevage, « c’est un calcul proche de la malhonnêté », s’exclame René Laporte, expliquant son point de vue par la suite. En outre, 70% des GES seraient émis par les pays émergents. Selon les deux rapporteurs, les attaques contre la viande relèvent « d’une société riche, nantie et développée. Avant, l’homme ne se posait pas la question car sa première préoccupation était de se nourrir, ajoutent-ils. Comme aujourd’hui, l’homme ne produit plus sa propre nourriture, il a coupé ce lien originel. »

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