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Fruits Un nouvel été de crise

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Une nouvelle fois, l’été aura été marqué par des difficultés sur le marché des fruits. La poire Guyot, avec un effondrement de ses prix de vente, en a été le symbole. En dépit « d’une bonne dynamique de marché » selon les professionnels, tous les prix ou presque se sont inscrits à la baisse.

«Non, les prix des fruits n’ont pas flambé ! », se sont exclamés en substance les producteurs et les distributeurs dans un communiqué diffusé le 1er août. Cette position commune, plutôt rare dans la filière fruits, visait à faire pièce à de nombreux commentaires faisant état d’un été aux fruits chers. Exemples à l’appui, la FNPF (Fédération des producteurs de fruits) et la FCD (distributeurs) ont voulu « arrêter la désinformation ». En effet, selon les relevés du ministère de l’Agriculture, sur la semaine du 25 au 31 juillet, le prix des pêches jaunes calibre B en vrac s’établissait à 1,91 euro le kilo au stade de détail contre 2,25 euros l’an dernier. Celui des nectarines atteignait 2,05 euros contre 2,51 il y a un an ; les baisses concernaient aussi l’abricot (2,59 euros contre 2,63), la poire Guyot (1,79 euro contre 2,47) et la prune (1,88 euro contre 2,49).

Gestion de crise

Les difficultés se sont surtout concentrées sur la poire d’été (variété Guyot), puis sur la prune. Dans les deux cas, les cours à la production ayant été inférieurs de 25 % à la moyenne des 5 dernières années, le gouvernement a dû déclencher le mécanisme de gestion de crise. Celui-ci prévoit la mise en place de promotions et animations en magasins ainsi que de la publicité pour développer la consommation. Arme ultime, un coefficient multiplicateur (qui fige la marge des distributeurs) peut être appliqué s’il s’avère que les prix à l’étal ne suivent pas la baisse à la production, compromettant la relance des ventes. Mais, de l’avis de la plupart des professionnels, le coefficient multiplicateur n’était pas adapté à la situation. Une fois n’est pas coutume, en effet, la campagne des fruits d’été a vu les distributeurs collaborer assez positivement avec les producteurs, sans doute pour éviter, justement, la mise sous contrôle de leurs prix !

La poire en crise

Cela n’a pas empêché le secteur de la poire de subir une crise redoutable. La raison ? Tandis que les poires sont plutôt un fruit d’automne, la variété Guyot (60 000 tonnes récoltées l’an dernier) est un fruit d’été, moins souvent vendu en France (c’est la saison des pêches, nectarines et abricots) qu’exporté en Europe du Nord. Une grosse partie des 4 500 exploitations françaises qui produisent des poires (Bouches-du-Rhône, Vaucluse Gard pour les variétés d’été) travaillent en effet pour l’exportation.

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Mais la poire est également produite en contre-saison par des pays d’Amérique du Sud (Argentine, Chili) ou l’Afrique du Sud. Des fruits récoltés et expédiés il y a six mois mais qui ont continué récemment à être exportés, réfrigérés sous atmosphère contrôlée (de l’azote) jusqu’au port de Rotterdam. Du coup, les débouchés français ont fait défaut et la poire Guyot s’est retrouvée en excédent sur les étals français, en pleine concurrence avec des fruits déjà très bon marché : les prix des pêches, nectarines, abricots sont eux-mêmes en baisse entre 15 % et 25 % par rapport à 2004. Le prix consommateur s’est effondré sans même trouver preneur tandis que des producteurs vendent largement au-dessous d’un coût de revient estimé à 0,40 euro le kilo.

Derrière les problèmes de la poire se profilent ceux de la prune, autre fruit secondaire en pleine concurrence avec des producteurs européens cette fois-ci. C’est bien ce qui inquiète tous les arboriculteurs : la Guyot, comme la prune, sont les symboles de marchés de plus en plus mondialisés et encombrés où l’absence de règles du jeu conduit à des prix toujours plus bas.