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Un outil pour mesurer l'effet des entreprises sur la biodiversité

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La première version du Global biodiversity score (GBS), l’outil de mesure des effets sur la biodiversité développé par la la Caisse des dépôts sera à disposition des entreprises le 12 mai prochain.

Quatre années de développement ont été nécessaires à la Caisse des dépôts pour aboutir à cette première version. « Le GBS est un outil qui permet de comprendre l’effet des activités économiques sur la biodiversité, en se penchant sur des pressions comme l’usage des sols ou le changement climatique », explique Antoine Cadi, responsable R&D chez CDC Biodiversité, branche biodiversité de l'institution financière. Une quarantaine d’entreprises l’expérimentent actuellement, dont les plus avancées sont Michelin, Solvay, BNP Paribas, ou encore Schneider.

Le GBS peut être appliqué à un produit, à une chaîne de valeur, à une entreprise dans son ensemble, ou même à un portefeuille d’investissement. Son unité correspond à l’évolution de l’abondance moyenne d’espèces (MSA, ou Mean Species Abundance) par kilomètre carré par rapport à un écosystème non-perturbé par les activités humaines. On estime ainsi que le MSA de la planète en 2010 est de 65 %, c’est-à-dire que 35 % de la richesse mondiale auraient été perdus par rapport à l’état sauvage.

Un outil volontaire

Le GBS prend aujourd’hui plusieurs types de pressions en compte, dont le changement climatique, l’utilisation des terres, ou encore la fragmentation des espaces naturels. Les auteurs préviennent que la version actuelle donne la part belle aux pressions spatiales, davantage qu'aux pollutions par exemple. Ainsi, dans le cadre des applications au secteur agricole, l'outil tend à privilégier le choix de zones exemptes de déforestation, ou des zones les plus productives.

En République démocratique du Congo, la forte empreinte de l'hévéaculture sur les forêts pourrait ainsi inciter Michelin à se tourner vers la Côte d’Ivoire ou le Gabon pour ses approvisionnements. Et la faible empreinte du riz japonais, qui bénéficie des meilleurs rendements mondiaux, pourrait conduire Solvay à continuer de privilégier cette origine au détriment d’autres fournisseurs asiatiques moins productifs.

L’outil ne s’adresse qu’aux entreprises volontaires, et ne leur donne actuellement aucune obligation. « Personne n’en est à l’heure des engagements. Il s’agit d’abord pour les secteurs économiques de mieux comprendre, et de s’interroger sur leurs empreintes », confirme Antoine Cadi. Dans le futur, les architectes de l’outil espèrent cependant qu’il permettra d’élargir la responsabilité en matière de biodiversité au-delà des secteurs du bâtiment et des infrastructures, principaux concernés par la loi sur la biodiversité de 2016.

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Vers une harmonisation internationale

« On a des années de développement devant nous », prévient Antoine Cadi. Car des données manquent encore concernant les pollutions atmosphériques ou aquatiques, ou sur certains écosystèmes, comme les océans. Mais l’outil, par conception, est prévu pour intégrer de nouveaux jeux de données à mesure qu’ils seront consolidés.

Dans le cadre du projet Aligning Biodiversity Measures for Business, les équipes de la CDC travaillent avec une dizaine d’autres structures développant des outils similaires au GBS. « Il faut s’assurer que nous utilisons tous les mêmes jeux de données, afin de faciliter les comparaisons », souligne Antoine Cadi. Une harmonisation nécessaire à l’heure où ces outils de mesure pourraient offrir un support concret aux rendez-vous internationaux sur la biodiversité, comme le congrès de l’Iucn à Marseille, ou la prochaine COP15 en Chine.

« Personne n’en est à l’heure des engagements »

« On a des années de développement devant nous »