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Grandes cultures Un plan pour préserver la compétitivité de la filière blé dur

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A l’occasion de la 11 journée nationale blé dur, la filière a présenté un plan d’actions sur cinq ans, de 2009 à 2013. Bâti sur une étude prospective à 2020, il se propose de sauver la compétitivité de la filière blé dur, en quête de stabilité. La campagne 2007/2008, marquée par une brutale hausse des prix qui a particulièrement malmenée les industriels, a prouvé la fragilité du secteur.

De plus en plus séduisant, le blé dur ? « La production de blé dur en France augmente régulièrement depuis 1993 », a souligné, chiffres à l’appui, Sophie Vallade, ingénieur chez Arvalis, à l’occasion de la 11 e journée nationale blé dur organisée par l’institut, le 20 janvier à Aix-en-Provence. Selon la spécialiste, cette progression s’explique par la hausse régulière des surfaces. Entre 1993 et 2008, elles ont grimpé de 200 000 à 450 000 hectares. La France a donc un potentiel. Pour preuve, une étude prospective portant sur les alternatives stratégiques pour la filière blé dur en France pour 2020 révèle une augmentation de la part de marché mondiale de l’Hexagone, passée de 3,5 % en 1996 à 6,2 % en 2006. Commandée et dirigée par les professionnels, cette étude réalisée en collaboration avec un cabinet de conseil fait le point sur le marché du blé dur et propose quatre scénarios d’évolution pour l’avenir. Ceux-ci soulignent la fragilité du secteur. Au niveau français, « les facteurs négatifs ont une grande capacité d’occurrence », a souligné Sophie Vallade.

Des mécanismes de marché capables de se gripper

La campagne 2007/2008 apparaît comme une illustration du scénario dit « déstabilisant », qui aurait 12 % de chance de se produire, selon les auteurs. Les industriels ont eu bien du mal à faire face à une flambée excessive des prix, montés à plus de 450 euros la tonne. « Les transformateurs n’ont pas pu répercuter toute la hausse de la production au consommateur, a souligné Céline Ansart, d’Unigrains. Nous avons pu toucher les équilibres économiques. Dans un tel contexte, les mécanismes de marché sont grippés ». Jean-François Gleizes, président du comité de pilotage de la filière blé dur ne souhaite pas revivre un tel scénario, même si les producteurs ont pu profiter de prix records. « Personne n’a à y gagner sur la durée », a-t-il insisté. Selon l’étude prospective, c’est un scénario bâti sur les mêmes bases mais plus raisonnable qui aurait le plus de chance de survenir dans les dix prochaines années : la demande mondiale progresserait plus vite que l’offre, créant un écart de 1 à 2 Mt sur un marché mondial de l’ordre de 37 Mt. Le risque : « Le blé dur français serait moins concurrentiel et il deviendrait possible de voir émerger de nouveaux concurrents », a expliqué Sophie Vallade.

La recherche pour augmenter la production

Pour contrer ces perspectives négatives et maintenir une production de blé dur efficace en France, la filière a donc réfléchi à la mise en place d’un plan d’action pour 2009-2013. « Le plan d’action doit donner des moyens de riposte », a indiqué Bernard Pascal, responsable de région chez Arvalis. Il se divise en quatre axes déclinés en objectifs et en actions. Le premier axe consiste à augmenter et sécuriser la production de blé dur et maîtriser les coûts de production. Le comité de pilotage prévoit par exemple de relancer des travaux de recherche sur les fusarioses des épis et les maladies racinaires. « Nous sommes loin d’avoir compris l’agressivité des pathogènes », a signalé Philippe Braun, spécialiste de la culture chez Arvalis. Cet axe comprendra également un travail sur l’assurance revenu ou la mise en place d’un observatoire international de suivi de la réglementation et des pratiques culturales des pays proches de nos climats.

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Un GIS pour des systèmes durables et productifs

L’axe 2 va consister à « proposer des produits blé dur de haute qualité technologique, sanitaire et à haute valeur environnementale ». Un axe qui fera appel entre autres à la sélection variétale ou à la recherche sur les conduites culturales. « L’Inra, Arvalis, l’Unip, le Cetiom et l’ITB ont décidé de réunir leurs compétences pour construire un programme afin de développer les systèmes de production à haute valeur environnementale tout en satisfaisant aux conditions de qualité des produits et en permettant à l’agriculteur de vivre de sa production », a par exemple dévoilé Joël Abecassis, de l’Inra. Ce projet devrait se structurer dans les mois à venir sous la forme d’un groupement d’intérêt scientifique. Il intégrerait les budgets déjà dégagés par ces structures sur ce sujet. Dans le troisième axe, consacré à « adapter l’organisation de marché en la rendant plus lisible », il serait notamment question de « grading ». « Mis en place par le Canada, l’Australie et les Etats-Unis, ce système est fondé sur la mise en place d’un grade représentatif du produit concerné, a expliqué Michel Ferret, de l’OniGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures). La récolte est classée en fonction de ces grades et les prix varient en fonction du classement ».

Réflexion autour des contrats pluriannuels

La logistique ferait également partie de la réflexion ainsi que la contractualisation. « Continuer à travailler sur les contrats avec l’industrie nous paraît une évidence, a signalé Jean-François Gleizes. Il faut peut-être les toiletter au regard des conditions. Et pourquoi ne pas penser à des contrats pluriannuels ? ». Intitulé « Poursuivre les efforts de promotion de la filière blé dur », le quatrième axe est tourné sur les stratégies de communication et de lobbying. « Nous ne sommes pas bons en lobbying », a rappelé Jean-François Gleizes. Une réunion du comité de pilotage prévue en mars devrait permettre de dégager des priorités. Même si, pour le président de la filière, « il faut avancer sur tous les fronts en même temps ».