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Élevage Un plan stratégique pour l’avenir de la filière porcine

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Un plan stratégique pour l’avenir de la filière porcine sera finalisé fin janvier 2013. Telle est la conclusion d’une rencontre entre les ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Stéphane Le Foll et Guillaume Garot et les acteurs de la filière, le 30 octobre à Paris. La crise que traverse l’élevage porcin français est reconnue par toute la filière. Les symptômes ? Une baisse des revenus des agriculteurs, une surcapacité des abattoirs, une levée de bouclier de la société civile et des environnementalistes. Le temps de la réflexion et des paroles est révolu, la filière souhaite passer aux actes et attend du concret.

«Un plan stratégique pour l’avenir de la filière porcine sera annoncé fin janvier 2013 », a déclaré Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP), le 30 octobre à Paris. C’est la conclusion d’une réunion entre Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, Guillaume Garot, ministre de l’Agroalimentaire, et près d’une trentaine de représentants de la filière porcine. « C’est à tous les niveaux qu’il faut agir : la production, l’abattage, la transformation, les stratégies de marché », a estimé Guillaume Garot au cours de la réunion.
Cela fait plus de cinq années que la filière porcine traverse une crise aux symptômes de plus en plus menaçants : baisse du revenu agricole, surcapacité des abattoirs, surenchère des démarches exigées par l’administration… Le diagnostic est admis par les professionnels de tous bords : un manque de compétitivité, des coûts de production toujours trop élevés et des prix non rémunérateurs pour les éleveurs.
L’étape suivante, c’est bel et bien le passage à l’acte. « Nous ne voulons pas d’un n-ième rapport sur l’état de la filière. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce sont des actes, du concret », poursuit Jean-Michel Serres en sortant de la réunion qui se dit « extrêmement prudent » pour la suite. Quoi qu’il en soit, quatre groupes de travail ont chacun trois mois pour faire des propositions sur les thèmes suivants : « maintenir la production en quantité tout en améliorant l’impact environnemental », « affronter ensemble la surcapacité dans le secteur abattage découpe », « renforcer le secteur de la transformation » et « mieux vendre en renforçant les stratégies de marché ». Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l’agro-industrie, a pour mission de piloter ces travaux.

Fermeture d’abattoirs envisagée

« En sortie d’élevage, nous sommes compétitifs. Mais en sortie d’abattoirs, nous ne le sommes plus », analyse Jean-Michel Serres. Un constat qui vient directement du manque de production pour approvisionner les abattoirs. Pour faire face à la surcapacité des abattoirs, la fermeture d’un certain nombre d’entre eux est une stratégie envisagée. C’est en tout cas ce qui a été évoqué au cours de la rencontre du 30 octobre. « Il vaut mieux anticiper plutôt que de voir des fermetures dans le sang et les larmes », ajoute Jean-Michel Serres. Cela devra passer par un accompagnement des reclassements industriels. « Les deux ministres veulent anticiper les difficultés, les opportunités et les évolutions nécessaires d’une filière stratégique pour notre agriculture et nos filières agroalimentaires », lit-on dans un communiqué de presse du ministère de l’agriculture publié après la réunion. Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP (industries françaises des viandes) a indiqué qu’un scénario du type Doux préoccupait la filière porcine. Pour accompagner d’éventuels reclassements industriels, les professionnels de la filière envisageraient de recourir à la Banque publique d’investissement (BPI), dont la création a été entérinée le 17 octobre par le gouvernement.

Maintenir la production

Cependant, le traitement du problème industriel n’empêche pas de résoudre les déséquilibres au sein même des élevages. En 20 ans, la production française n’a pas augmenté. Elle est aujourd’hui de 25 millions de porcs produits par an. Pour l’avenir, il s’agit non pas d’augmenter, mais au moins de maintenir ce niveau. L’inquiétude porte sur la capacité de production des générations de jeunes agriculteurs. « Les deux ministres ont rappelé la mobilisation du gouvernement pour la mise aux normes des élevages, à hauteur de 40 millions d’euros en 2012 », lit-on dans le communiqué de presse du ministère de l’Agriculture du 30 octobre. Car l’installation de jeunes agriculteurs dans la ferme France ne se fera pas sans une modernisation des bâtiments d’élevage. Une ombre au tableau : la baisse du budget prévisionnel pour la modernisation des bâtiments. Dans le projet de loi de finances 2013, les autorisations d’engagement du Plan de modernisation des bâtiments d’élevage (PMBE) sont de 31 millions d’euros contre 48 millions d’euros en 2012. Par ailleurs, le coût de l’alimentation augmente durablement, réduit les marges et donc les capacités d’investissement. « En filière porcine, les retards de paiement sur les livraisons d’aliments atteignent 10% du chiffre d’affaires des fabricants à fin octobre 2012 », alerte le Snia. Sur le long terme, l’augmentation du coût de l’alimentation pèse sur la trésorerie des éleveurs. Sur le court terme, on constate malgré tout une embellie grâce à la hausse des prix sortie élevage. Selon l’Ifip, « la marge brute s’élève à 1 600 euros par truie » en septembre 2012, soit une augmentation de 20% par rapport au mois précédent. Mais les éleveurs pourront-ils longtemps subir ce yoyo de leurs marges ?

Fin du mille-feuilles administratif

Toutes les solutions évoquées n’entraînent pas nécessairement de dépenses supplémentaires et peuvent même éviter des dépenses inutiles. C’est ce qu’a expliqué Catherine Goavec, déléguée générale de la Fédération des industriels charcutiers-traiteurs (Fict) à propos de la surenchère administrative française. Un avis également émis par Alain Guillaume, président du Snia (Syndicat national de la nutrition animale), Paul Rouche et Jean-Michel Serres. « Le mille-feuille administratif français plombe notre compétitivité », s’accordent les professionnels. L’idée est donc d’alléger les procédures. « C’est un travail de longue haleine, mais il faut en passer par là », soutient Alain Guillaume. La longueur des démarches vient s’ajouter à des choix politiques, parfois contradictoires. « D’un côté, on nous permet de passer du transport de 40 tonnes à 44 tonnes pour l’aliment du bétail, mais de l’autre, la taxe aux poids lourds va nous pénaliser », explique Alain Guillaume. La mise en place de « petites mesures mises bout à bout permettront de regagner en compétitivité, mais, pour cela, il ne faut pas qu’elles s’annulent ».

Les seuils d’installations classées

En termes de surenchère environnementale, la question des seuils d’installations classées est un enjeu prioritaire. « Il est temps que les pouvoirs publics s’alignent sur les recommandations européennes en termes de contraintes environnementales », constate Jean-Michel Serres. Et concrètement, les points faibles sont connus : seuil d’installation classée, OGM, oxyde de zinc… Mais l’amont de la filière n’est pas le seul concerné par une recherche de cohérence dans la stratégie à tenir. La réunion était aussi l’occasion de rappeler « les difficultés dans les relations commerciales tout au long de la filière ». Concernant les contraintes environnementales, la FNP a fait part de ses exigences. « Nous attendons que le ministère de l’Environnement nous juge sur des obligations de résultats plutôt que sur des obligations d’aménagement », explique Jean-Michel Serres. Interrogé par les professionnels de l’élevage porcin, le ministère de l’Agriculture s’est tourné vers celui de l’environnement. L’idée est d’engager une réflexion sur « un nouveau modèle de production écologiquement performant et économiquement viable ». Concernant le secteur de la transformation et des relations commerciales, « la BPI, mais aussi les Régions, pourront être mobilisées ». Au-delà du plan stratégique sur l’avenir de la filière porcine, la table ronde structurelle du 21 novembre sur les relations commerciales tout au long de la filière est très attendue, notamment sur une éventuelle révision de la Loi de modernisation de l’économie.

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