Que penser de cette inauguration ? Est-ce surtout un positionnement politique, pour afficher un leadership mondial dans les biocarburants de 2 ème génération ? Ou bien les avancées techniques sont-elles suffisamment mûres pour justifier un tel investissement ?
Je pense que ce n’est pas plus l’un que l’autre. L’Allemagne, comme la France, mène des tests sur les biocarburants de deuxième génération. Je ne vois pas de volonté particulière de courir après un leadership, mais plutôt celle de continuer à promouvoir les énergies renouvelables, dont la biomasse. Nos voisins d’outre-Rhin ont progressé dans la voie de la méthanisation des déchets, des biocarburants de première génération et ils se disent tout simplement qu’il est temps de se lancer dans la deuxième génération. La France est dans la même disposition. À sa manière, elle a développé une production de première génération, bien encadrée, et estime qu’il est temps de passer à la deuxième génération.
Est-il vrai que le biodiesel de 2 ème génération est cher à produire (un euro par litre)?
Il faut être très prudent sur l’affichage des coûts de production tant que les unités pilotes ne tournent pas. Nous espérons pouvoir faire fonctionner une unité pilote avant fin 2011. Il faudra alors 4 à 5 ans de plus pour que la première usine en grandeur réelle soit opérationnelle.
La véritable interrogation demeure sur le prix des matières premières. Leur origine sera très diverse : des résidus forestiers dans les sous-bois ; des cultures dédiées, type miscanthus, cultivés en bordure de forêts ; ou aussi des déchets organiques urbains et des industries alimentaires. Quand toutes ces influences mutuelles des marchés de ces nouvelles matières premières seront établies, on pourra alors donner des indications de prix plus précises.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quels sont les projets de pilote de biodiesel de 2 ème génération en France?
Un projet de pilote de biodiesel de 2 ème génération est conduit par Sofiprotéol, l’IFP (Institut Français du Pétrole), le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) et d’autres partenaires, incluant des industriels, qui ont manifesté leur intention de rejoindre le projet. Il comportera des installations en région Centre, et sur le site industriel que la filière détient à Compiègne. En région Centre, aura lieu la première étape de la transformation visant à augmenter la densité de la biomasse qui sera transformée en biodiesel. Maîtriser cette étape est importante car il n’est pas envisageable de transporter jusqu’aux grosses unités industrielles, de la biomasse à faible densité. Il s’agira d’une transformation par pyrolyse (qui produira une sorte d’huile) ou par torréfaction (qui produira une sorte de poudre).
Les installations de Compiègne seront le cœur du projet. C’est là qu’un atelier de gazéification traitera 500 kilos par heure de cette biomasse issue de la première transformation, et qui entre sous forme d’huile et de poudre. La construction du pilote devrait démarrer en 2009. L’unité devrait tourner en 2011.
Un consortium sera constitué prochainement entre Sofiprotéol, l’IFP et le CEA, pour porter le pilote et déposer les brevets, chacun apportant son financement et son savoir-faire.
Nous comptons bien que l’État, qui demande maintenant que l’on mette le cap sur la deuxième génération, soit lui aussi au rendez-vous, en nous soutenant financièrement, directement par le fonds démonstrateur, et par l’appui des collectivités territoriales. Car si les Allemands se sont lancés, c’est parce que l’État a accompagné les projets.