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Politique alimentaire/Etude Un projet pour repenser la filière alimentaire mondiale

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Pas moins de 125 experts académiques, institutionnels et privés se sont mobilisés depuis novembre 2009 jusqu’en juillet 2011 autour de l’Inra et du Cirad pour dresser l’état des lieux des systèmes alimentaires à l’échelle de la planète, en étudiant spécifiquement la transformation, la distribution et la consommation. Ce projet baptisé ALIne a ainsi traité les enjeux que pose l’aval des filières, de la sortie du champ à l’assiette du consommateur. L’ensemble de ces résultats est rassemblé dans un ouvrage de synthèse*, publié le 15 décembre 2011.

La réflexion menée au sein d’ALIne couvre les systèmes alimentaires depuis la sortie de la ferme jusqu’à la consommation et l’élimination des déchets. De nombreuses questions ont été examinées : la consommation alimentaire avec l’augmentation des calories d’origine animale et ses conséquences, l’organisation des systèmes alimentaires en liaison avec les productions de chimie et d’énergie renouvelables, les pertes et gaspillages, l’impact des marchés internationaux sur la consommation, les insuffisances des méthodes d’évaluation et de leurs critères d’appréciation de la durabilité.

Evaluer l’impact carbone des habitudes alimentaires
Les experts se sont livrés à l’exercice complexe d’évaluer la relation entre la qualité nutritionnelle de l’alimentation et son impact carbone, soit mesurer en équivalent CO2, la quantité de gaz à effet de serre émis par la production, la transformation et le transport des produits. Ils ont observé que plus les quantités d'aliments ingérées chaque jour par un individu sont importantes, plus l'impact carbone associé à ces consommations est élevé. C'est ainsi que l'impact carbone de l'alimentation des hommes (4725 eqCO2/j) est significativement supérieur à celui des femmes (3658 eqCO2/j). En revanche, les experts ont noté une faible relation entre la qualité nutritionnelle de l'alimentation et son impact carbone. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre associées à l'alimentation, une baisse des quantités totales ingérées pourrait donc être plus efficace qu’une modification du type d’aliments consommés. Ces premiers résultats, qui vont à l’encontre de bien des idées reçues, se doivent d’être vérifiés par des recherches approfondies.

Repenser les filières industrielles alimentaires et leur organisation
« Le système alimentaire dominant des pays industrialisés a reposé sur une réduction de la gamme des matières premières agricoles produites et sur une spécialisation des opérateurs des filières sur deux étapes successives : le fractionnement de cette matière première, puis une reformulation pour aboutir à une grande diversité d’aliments » notent l’Inra et le Cirad. Cette évolution butte aujourd’hui sur de nouvelles contraintes, dans un contexte de marges de manœuvre réduites au niveau industriel. Par ailleurs, les aléas auxquels la production agricole fait face se traduisent par une plus grande variabilité des prix qui va conduire les filières à développer des systèmes de production plus flexibles et plus robustes. Enfin, l’intégration des exigences environnementales rend nécessaire des évolutions profondes, tant au niveau des procédés industriels qu’au niveau de l’organisation des filières et des relations entre les différents opérateurs des chaines alimentaires.

Où localiser la production agricole ?
Se posera également à l’avenir le problème de la localisation des productions agricoles à proximité des lieux de consommation. La question sera de savoir s’il faudra favoriser l’agriculture à proximité des grandes villes, alors que plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans une ville. Selon la FAO, nourrir une agglomération de 10 millions d’habitants nécessite environ 6 000 tonnes de nourriture chaque jour, correspondant à 3 millions d’hectares de terre agricole. Pour une ville comme Paris, la surface agricole correspond à 6 fois celle de l’Ile-de-France. La réponse, d’un point de vue énergétique et environnemental, est loin d’être évidente, selon le rapport. Sur le plan de la distribution, ce qui se joue dans les 5 derniers kilomètres est ce qui pèse le plus en matière d’impact sur l’environnement, ce qui, de ce point de vue, remet en question les avantages des circuits courts. Emission de gaz à effet de serre, processus d’intensification des terres agricoles près de villes, pollutions des nappes phréatiques, autant d’exemples qui mettent en question le déplacement de la production agricole vers le lieu de consommation et la possibilité d’un développement local durable.
Les perspectives nombreuses ouvertes par cette étude donneront lieu à des programmes de recherche, publics et privés, au niveau national et européen. L’Inra coordonne à ce titre un nouveau réseau européen consacré à l’alimentation durable, SUSFOOD. L’objectif est de dégager des questions à la recherche pour de futurs programmes.

*Pour une alimentation durable. Réflexion stratégique duALIne, Catherine Esnouf, Marie Russel et Nicolas Bricas (coord.), éditions Quae, déc. 2011, 288 pages, 32 €

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