Une autre approche, enfin, peut compléter ce panorama, due à un conjoncturiste qui ne donne pas matière à se réjouir. « Il n’y a que le sucre à être à la baisse ces temps-ci. Pour le reste, écrit Laurent Bonhoure, conseiller sectoriel chez Euler Hermes Sfac, les prix des produits agricoles sont à la hausse et, du fait de la politique de maîtrise de l’inflation des grandes surfaces, les marges des industries agroalimentaires souffrent. Les volumes ne sont plus là, et la qualité doit encore s’améliorer pour satisfaire des consommateurs de plus en plus exigeants.
« On a longtemps cru que les IAA affronteraient moins durement que d’autres la concurrence étrangère, et subiraient moins le caractère variable de la demande en volume. Mais la réalité est bien différente », souligne l’auteur dans la revue du groupe d’assurance-crédit Météo des secteurs français in Le bulletin économique juillet-août 2007 Euler Hermes. « Les producteurs de vins et spiritueux avaient souffert de la concurrence étrangère au rapport qualité/prix de plus en plus attrayant. Les linéaires des hard discount ont laissé des places cher payées à des fabricants de pays limitrophes. Des yaourts allemands ont fait leur apparition. La charcuterie espagnole a conquis les consommateurs. Les volaillers ont subi la peur, maintenant assez largement oubliée, de la grippe aviaire. Les prix des matières achetées ont grimpé (les huiles de 30 à 40 %, et le jus d’orange a triplé en deux ans pour en citer quelques uns), quand ils ne se sont pas mis à enfler très fort (le blé de 60 % et même de 20 % en quinze jours de juin).
« Le prix du sucre semble seul orienté à la baisse, mais les industriels se sont engagés à moins en user dans le cadre de la lutte contre l’obésité. Dans le même temps, la grande distribution sort d’une période où elle acceptait certaines hausses, et est rentrée dans une autre où elle veut généralement afficher une aide ostentatoire à la baisse, au moins apparente, du prix du panier de la ménagère. Nos transformateurs et intermédiaires subissent cet état de fait dans un contexte où il faut utiliser moins de sucre, dont le prix grâce à la réforme de cette filière est pourtant l’un des seuls à avoir baissé. Voici une difficulté qui sera relevée par les meilleurs (producteurs et fabricants –NDLR) quand d’autres la subissent à leurs dépens. »
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On en prend pour dix ans
« Dans le futur, les prix devraient rester soutenus, conclut l’article. L’eau manque souvent, ce qui réduit les volumes. Les débouchés non alimentaires sont en forte croissance, ce qui diminue la masse réellement disponible. Enfin, la demande de pays en développement (notamment en Asie) progresse rapidement. La production de biofuel risque fort d’avoir un impact important durant les dix années qui viennent. Les prix des grains, en particulier, sont susceptibles de progresser de 20 à 50 %.
« Depuis 1992, la PAC a pour but de limiter les surfaces arables destinées aux cultures de base afin de maîtriser les subventions. A mesure que les prix européens se rapprochent des prix mondiaux, cette politique semble avoir moins de sens. Reste aussi à améliorer les qualités nutritionnelles des aliments mis sur le marché et à faire grossir la part des produits bio qui sont encore peu consommés dans notre pays. Volumes limités et qualité en hausse ne sont bien sûr pas incompatibles, il faut convaincre nombre d’agriculteurs que cette politique, dont le caractère malthusien surprend, est cependant bénéfique pour leurs revenus. »