Abonné

Un rapport public propose de renforcer le rôle des producteurs de lait

- - 5 min

Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a publié son audit sur la contractualisation dans la filière laitière, le 8 février. S’il préconise de renforcer le pouvoir des organisations de producteurs, il pointe du doigt les jeux de pouvoirs entre les différents organismes et la nécessité de redéfinir la place de chacun.

L’audit sur la contractualisation laitière, réclamée par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a été rendu public le 8 février. La mission du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) propose, entre autres, une série de recommandations dont le renforcement du positionnement et des capacités de l’organisation de producteurs (Association d’organisations de producteurs) et de leurs présidents. Dans ce sens, le CGAAER écrit qu’« il faut imaginer un dispositif leur permettant de se doter de moyens d’action plus importants et de compétences (juridiques, économiques, de négociation…) afin d’être à même de réduire la dissymétrie d’information avec les acheteurs dans la négociation des contrats ». En effet, il constate que « les présidents d’OP, même assistés d’un demi-ETP (équivalent temps-plein), n’ont sans doute pas la compétence, la formation, ne disposent pas des informations qui leur permettent de peser dans la négociation avec des représentants chevronnés des acheteurs, spécialisés dans cet exercice ».

Des OP fragiles face à des industriels aguerris

De plus, la mission note que « dans l’objectif de renforcer le positionnement des OP dans leurs multiples activités (représentation des producteurs, information, capacité de négociation…) et notamment pour parvenir à un rapport équilibré avec les entreprises, l’actuelle dissymétrie de l’information doit être corrigée et le Cniel [interprofession laitière, ndlr] devrait y contribuer notamment en favorisant la diffusion de l’information pour le compte de ses membres mais aussi des présidents et administrateurs des OP. Aujourd’hui, ce n’est absolument pas le cas et le conseil d’administration de l’interprofession s’est récemment opposé à l’élaboration d’une synthèse de données économiques sollicitée par plusieurs OP qui souhaitaient mieux appréhender la situation laitière mondiale, avant de discuter le prix du lait avec le collecteur ». Les OP sont donc bien seules pour faire face à leur collecteur : manque de compétences, manque d’informations économiques, manque de ressources juridiques. Tout ce que possèdent finalement l’interprofession, les syndicats ou encore FranceAgriMer. Une question se pose alors : si les producteurs se regroupent pour peser face à un industriel, quelle différence avec un syndicat ?

Lutte de pouvoirs entre OP et syndicats

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

organisation de producteurs
Suivi
Suivre
contractualisation
Suivi
Suivre

Bon nombre d’acteurs de la filière estiment que la FNPL avait bien envie de contrôler ces OP, mais que le syndicat « a échoué ». Cependant, certaines OP ont souhaité afficher clairement leur positionnement syndical dans leur statut. D’autres s'y refusent, comme l’Organisation des producteurs de lait Lactalis grand Ouest (OPLGO), dont l’assemblée générale se tenait le 9 février à Ploërmel. C’est la première OP à avoir accepté la cessibilité des contrats, une revendication même  de sa part. « Le but premier de la cessibilité a été de conforter structurellement et économiquement les exploitations existantes », expliquent Joël May et Michel Ernault, adhérents et représentants de l’OP. Avec cette cessibilité, des adhérents sont venus en nombre, quittant d’autres OP qui, elles, refusaient de la mettre en place craignant une dérive vers la marchandisation de ces contrats. L’OPLGO devrait, selon certains de ses membres, faire appel rapidement à des compétences extérieures juridiques et/ou économiques pour prendre plus de poids. « Elle rassemble aussi tous les déçus du syndicalisme, notamment majoritaire. Nous travaillons uniquement dans l’intérêt des producteurs », précise Michel Ernault, un ancien de la FNSEA. Jacques Ronan, secrétaire général de l’OPLGO, ne s’en cache pas : « Nous avons enlevé un très fort pouvoir à la FNPL ! » Josian Palach, secrétaire national à la Confédération paysanne ironise : « Qu’ont-ils obtenu de plus de la part de Lactalis, à part cette cessibilité ? » Pour autant, la mission du CGAAER évoque l’intérêt pour les OP d’obtenir des « avantages » de la part de leurs collecteurs, incitant les agriculteurs à adhérer (majoration prix/primes, attribution préférentielle de volumes supplémentaires, etc.).

La contractualisation comme rapport de force

Finalement cet audit de la contractualisation dévoile une filière laitière dont les organismes sont en quête de sens et de place. Rôle et place des OP par rapport aux syndicats, à l’interprofession, à FranceAgriMer, perte de pouvoirs des uns par rapport aux autres, guerre entre OP… « De ses entrevues, la mission retire un diagnostic d’une organisation économique de la filière (formation et transmission des prix…) et d’un partage de la valeur ajoutée à améliorer, avec une contractualisation pas encore stabilisée et insuffisamment mature, appréhendée comme un rapport de forces (producteur/transformateur) et un objet de lutte de pouvoirs entre le syndicalisme et les OP mises en place ». Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, se veut positif : « Dans ce rapport, aucun acteur n’a dit : “Moi, la contractualisation, je n’en veux pas”. Il faut travailler sur ce sujet-là et de manière beaucoup plus constructive. » Il rappelle que la validation des contributions volontaires obligatoires (CVO), nécessaire au financement de l’interprofession, par le ministère est conditionnée à un projet de l’ensemble des acteurs de la filière.