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Politiques agricoles Un sixième des recettes du secteur issu des soutiens publics, selon l’OCDE

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Dans les 47 pays étudiés par le nouveau rapport de l’OCDE sur les politiques agricoles, le soutien public représente, en moyenne, un sixième des recettes brutes du secteur. L’estimation du soutien au producteur est ainsi remontée à 17 % des recettes en 2012 (19 % dans l’UE, 7 % aux États-Unis), après avoir atteint le plancher historique de 15 % en 2011, précise l’organisation internationale qui considère par ailleurs que les aides découplées de la production sont loin d’être la meilleure option. Quant à la réforme de la Pac, elle est qualifiée de « pas en avant insuffisant » par les experts de l’OCDE.

Publié le 18 septembre, le rapport 2013 de l’Organisation de coopération et de développement économiques sur les politiques agricoles constate que, en moyenne, un sixième des recettes brutes du secteur est assuré par les soutiens publics aux producteurs dans les 47 pays étudiés, c’est-à-dire les membres de l’OCDE et les principales économies émergentes (Brésil, Chine, Indonésie, Kazakhstan, Russie, Afrique du Sud, Ukraine), qui représentent 80 % de la valeur ajoutée agricole mondiale. En 2012, l’estimation du soutien au producteur (ESP) s’est située à 17 % des recettes brutes, alors que le plus bas niveau historique de 15 % avait été atteint l’année précédente. Cette légère augmentation s’inscrit toutefois dans une tendance générale à la baisse, puisque l’ESP a été de 16 % sur la période 2010-2012 contre 21 % sur 1995-1997.
Reste que, selon le rapport, les aides qui faussent le plus la production et les échanges représentent encore environ la moitié du total des soutien.
 
De fortes variations selon les régions
Bien entendu, les chiffres varient fortement selon les pays et les régions. Au cours des quinze dernières années, relève l’OCDE, le soutien est passé de 12 % à 9 % en Amérique du Nord (Canada, États-Unis, Mexique) et de 34 % à 20 % en « Europe » (de l’ouest et du centre, plus la Turquie et Israël). Il est resté bien au-dessus de ces moyennes en Norvège, Suisse et Islande, en dépit d’une réduction graduelle.
La tendance est moins claire au sein de la Communauté des États indépendants (Kazakhstan, Russie, Ukraine), où le niveau de soutien était de 11 % en 1995-1997 et de 12 % en 2010-2012, avec de fortes variations au cours de ces périodes.
Mêmes fluctuations en Asie, même si l’ESP moyen s’y est stabilisé à 22 % en 1995-1997 et 20 % en 2010-2012. Dans cette région, des différences sensibles persistent entre les niveaux élevés mais en lente diminution enregistrés en Corée et au Japon et l’augmentation constatée en Chine et en Indonésie.
Enfin, les pays de l’hémisphère Sud (Australie, Brésil, Chili, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud) se caractérisent par des niveaux de soutien toujours bas et stables, avec une moyenne de 4 % en 2012-12.
 
Tendance à la baisse
Dans les seuls pays de l’OCDE, le soutien est sur une tendance à la baisse, les niveaux de soutien ayant représenté en moyenne 37% des recettes brutes du secteur en 1986-1988, 30 % en 1995-1997 et 19 % en 2010-2012. De plus, la part des formes d’aides qui faussent le plus la production et les échanges équivalait à 11 % des recettes brutes en 2010-2012, contre 33 % en 1986-1988 et 23 % en 1995-1997.
« La réduction graduelle du soutien des prix de marché et des paiements spécifiques à la production se sont accompagnées de paiements accrus qui sont plus découplés de la production et moins porteurs de distorsions – un changement de politique particulièrement visible au cours des deux dernières décennies en Suisse et dans l’UE », note le rapport, tout en ajoutant cependant que « la plupart de ces paiements ne sont pas toujours ciblés sur des objectifs précis et ne remédient donc pas à des défaillances spécifiques du marché ».
 
Ne pas focaliser sur l’autosuffisance
L’OCDE recommande aux gouvernements de « donner plus de liberté aux agriculteurs et aux consommateurs pour prendre leurs propres décisions de production et de consommation, et d’évoluer vers des politiques qui ciblent les défaillances spécifiques du marché ».
Elles souligne aussi que « les mesures sanitaires et phytosanitaires, qui, avec les mesures techniques, ont un impact croissant sur le commerce agroalimentaire, devraient être fondées sur le plan scientifique et appliquées d’une manière transparente et prévisible ».
Selon l’organisation internationale, « une trop grande focalisation sur l’autosuffisance a un coût économique et social élevé. Le lien entre un taux d’autosuffisance plus élevé et l’amélioration de la sécurité alimentaire est faible car un certain nombre de mesures indépendantes de l’autosuffisance peuvent contribuer davantage à l’amélioration de la situation des populations. Dans les pays moins développés notamment, l’accès à la nourriture peut être amélioré par de larges programmes de réduction de la pauvreté et de sécurité sociale, mais aussi par le biais d’un investissement public et privé accru dans les capacités de production intérieure durable, d’un accès amélioré aux importations (et aux marchés d’exportation), ainsi que de réserves alimentaires d’urgence ».
 
Les aides découplées « favorisent les plus grandes exploitations »
Le rapport affirme également que « les paiements aux agriculteurs qui sont plus découplés des décisions de production transfèrent potentiellement du revenu plus efficacement et ont moins tendance à fausser la production et les échanges ». Toutefois, ajoute-t-il, « lorsque de tels paiements sont très importants, ils peuvent encore influencer sensiblement les décisions du producteur en influençant ses attentes (de paiements futurs) et en augmentant son patrimoine. De plus, la plupart de ces paiements ne sont pas ciblés sur des objectifs précis, dont ceux concernant les faibles revenus agricoles, le bien-être des communautés rurales ou encore la durabilité environnementale. Puisque bon nombre de ces paiements découplés sont basés sur la taille des actifs agricoles, ils tendent à favoriser les plus grandes exploitations ».
Selon l’OCDE, « une large gamme d’alternatives est disponible, allant des mesures liées à la sécurité sociale au soutien aux services généraux à l’agriculture et aux politiques agricoles réellement ciblées ».

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