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Crise alimentaire Un sommet face à plusieurs défis

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Dans un document politique préparé pour le sommet de l’alimentation qu’elle organise du 3 au 5 juin à Rome, la FAO exhorte la communauté internationale à prendre des mesures concrètes de toute urgence pour affronter la faim et la malnutrition, la flambée des prix alimentaires, la pénurie de ressources en terre et eau, le changement climatique, les besoins accrus en énergie et la croissance démographique.

Durant la décennie à venir, les prix des produits alimentaires « dépasseront en moyenne les niveaux qui ont prévalu pendant les dix années écoulées », avec, « en toile de fond, des prix sans précédent pour la quasi-totalité des prix agricoles », prévient un rapport publié le 29 mai par l’OCDE et la FAO.

Selon cette étude conjointe, « par rapport à la moyenne observée entre 1998 et 2007, les projections de prix pour la période 2008-2017 indiquent une augmentation de 20 % environ pour la viande bovine et porcine, de quelque 30 % pour le sucre brut et le sucre blanc, de 40 % à 60 % pour le blé, le maïs et le lait écrémé en poudre ».

Sur la même période, l’augmentation serait « de plus de 60 % pour le beurre et les graines oléagineuses et de plus de 80% pour les huiles végétales ».

« Situation de privation »

Selon le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, « vu la gravité du déséquilibre entre l’offre et la demande de nourriture à l’échelle mondiale, le retour à la stabilité prochaine des marchés céréaliers est peu probable. Les prix pourraient baisser, mais ils ne retomberont vraisemblablement pas, pour de nombreuses années, aux bas niveaux que nous avons connus ».

La production céréalière mondiale devrait être proche de 2,2 milliards de tonnes en 2008, soit une hausse de 3,8 % par rapport à 2007, mais, « en dépit de niveaux de production exceptionnels pour presque toutes les cultures, y compris pour le riz, les cours restent élevés et la volatilité des prix ne devrait pas s’atténuer », prévoit la FAO dans ses « Perspectives » publiées le 22 mai. Elle estime que la facture des importations alimentaires des pays à faible revenu et à déficit de cultures vivrières devrait s’élever, en 2008, à 169 milliards de dollars, soit 40 % de plus qu’en 2007.

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« Cela devrait aggraver la situation de privation déjà inacceptable dont sont victimes 854 millions de personnes », a déploré Hafez Ghanem, sous-directeur général de la FAO.

M. Juncker dénonce les spéculateurs « criminels »

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a qualifié le 22 mai de « criminels » et de « rapaces » les spéculateurs financiers sur les marchés des matières premières agricoles, qui contribuent à la crise alimentaire mondiale. « Faire monter les prix alimentaires pour son propre profit, accepter que la famine et la guerre soient de simples dommages collatéraux, c’est le contraire d’une économie de marché éthiquement fondée. Un comportement pareil est criminel », a déclaré le ministre des finances et premier ministre luxembourgeois. « Je respecte plus les agriculteurs que les jongleurs, qui avec leurs spéculations perverses font augmenter les prix alimentaires », a-t-il ajouté.

Pam : objectif atteint

Le Programme alimentaire mondial de l’Onu (Pam), qui avait lancé un appel d’urgence pour faire face à la crise alimentaire, a annoncé le 23 mai avoir atteint son objectif de 755 millions de dollars, grâce à une aide de 500 millions de l’Arabie saoudite. Le Pam est présent dans 78 pays où il nourrit 73 millions de personnes.

« Dégraisser certains mammouths »

« Il faut faire en sorte que toutes ces organisations, la FAO, le Pam, qui travaillent sur le terrain ou sur le plan financier, puissent coordonner leurs actions, sinon on a une déperdition d’énergie incroyable », a déclaré le 23 mai la secrétaire d’Etat française aux Droits de l’Homme Rama Yade.

Il faut « essayer aussi de dégraisser certains mammouths parmi ces organisations, qui recrutent beaucoup de gens, dépensent beaucoup en budget de fonctionnement, et donc moins en budget d’investissement », a-t-elle ajouté.