La certification des exploitations agricoles n’a pas bonne presse dans les organisations agricoles. Ce qui peut apparaître, pour le ministère de l’Agriculture, comme un moyen pour le monde agricole, chahuté par le Grenelle de l’environnement et dans l’expectative de la future Pac de s’en sortir par le haut, ne fait pas l’unanimité. Loin s’en faut. Les seuls à défendre sans état d’âme la certification des exploitations sont les chambres d’agriculture. Pour les syndicats, la FNSEA en tête, la réserve s’impose en raison notamment du scepticisme de la base qui n’y voit que contraintes supplémentaires. Radicale, la Coordination rurale ne veut pas en entendre parler. Pour la Confédération paysanne la certification n’est pas un bon outil.
«Grenelle de l’environnement et certification des exploitations agricoles : Osons ! » écrit Farre (Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement) dans un récent communiqué de presse. Ce volontarisme est singulier dans le paysage syndical agricole français.
La certification des exploitations agricoles : la FNSEA n’a pas voulu y croire. « On est très en réserve sur ces questions », confiait un membre du conseil d’administration de la FNSEA. Ce qui en langage diplomatique marque une opposition de principe. En effet, la certification des exploitations agricoles n’est pas évoquée dans les propositions de la grande maison dans le cadre du Grenelle, mises en ligne sur le site internet de la FNSEA. En ligne de mire : la difficulté de faire passer auprès des adhérents le principe de contraintes supplémentaires concernant leur exploitation. La FNSEA ne peut pas en rajouter une couche ! C’est ce qu’explique Pascal Ferey, vice-président du syndicat. « Les agriculteurs digèrent déjà difficilement la conditionnalité : attention aux millefeuilles réglementaires », lance le leader syndical qui a participé dans le cadre du Grenelle au groupe agricole. « Ce n’est pas dans l’air du temps », résume Pascal Ferey balayant d’un revers de la main ce qui semble être pour le ministre l’agriculture « la solution à tous les problèmes de l’agriculture d’aujourd’hui », selon François Lucas, président de la Coordination rurale et farouche opposant à la certification. Pragmatique, Pascal Ferey voudrait aussi que l’on s’interroge sur le peu de réussite d’autres types de certification comme le Bio ou l’agriculture raisonnée avant d’en inventer une autre. Toutefois, le responsable de l’environnement à la FNSEA se laisse une porte de sortie : « A priori j’attends de voir »surtout s’il y a des bonus à la clé.
« Le sens de l’histoire »
Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA et ancienne présidente de Farre, l’avoue : « Les responsables professionnels n’ont pas porté le dossier (de l’agriculture raisonnée) et les acteurs économiques non plus »Mais, prenant « le sens de l’histoire », selon l’expression de Christiane Lambert, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a fait une ouverture remarquée au dernier conseil fédéral du syndicat. Sur le fond, la FNSEA « adhère à une démarche d’agriculture productive à haute valeur environnementale (HVE) », a déclaré, le 27 septembre Jean-Michel Lemétayer, reprenant à son compte cette nouvelle notion HVE présentée dans le groupe 4 du Grenelle. Pour autant, il s’est montré plus réservé sur la certification des exploitations selon cette nouvelle norme. « Attention à ne pas perdre des parts de marché », a-t-il souligné en rappelant que le marché est européen et international. « Il faut que nous ayons la même exigence avec les produits qui entrent chez nous », rappelle-t-il. Pragmatique encore, il attend de voir les critères retenus.
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« Un état d’esprit »
D’autres leaders de la FNSEA considèrent la certification des exploitations agricoles comme « une bonne piste » localement. C’est le cas d’Arnold Puech d’Alissac, président de l’USA 76 (Seine-Maritime). « Il faut positiver » la question résume-t-il. Prenant le cas de la Haute-Normandie située en zone vulnérable, il rappelle que ces exploitations agricoles sont soumises à des contraintes supplémentaires. « Si cette certification peut donner à nos exploitations un gage de sérieux, cela ne me choque pas », résume-t-il. Même intérêt pour Joël Limouzin, président de la FRSEA Pays-de-Loire qui y voit « un schéma de confiance »dans une région, déjà en pointe sur les produits certifiés. « C’est un état d’esprit », souligne-t-il. La certification des exploitations doit « permettre à chaque agriculteur d’être reconnu par rapport à son travail qui a été fait correctement », résume-t-il. Seul et non des moindres de ses « bémols » : les couches supplémentaires de réglementation. « Il faut voir aussi si cette certification n’est pas un principe d’exclusion », prévient Joël Limouzin.
« Une mauvaise réponse »
« Qui a demandé la certification ? », questionne, faussement naïf François Lucas, président de la Coordination rurale (CR). « Certainement pas la Coordination rurale », répond-il. « Cette session de rattrapage de l’agriculture raisonnée », la CR n’en veut pas. Une crainte face à ce « raisonnement de masse » : « Mettre l’agriculture dans un moule standard ». C’est une mauvaise réponse à de bonnes questions, ajoute François Lucas. Aller vers 100 % d’agriculture durable, c’est une demande qu’on ne peut pas rejeter, affirme le président de la CR, mais la certification n’est pas le bon outil. Même idée pour la Confédération paysanne qui juge l’outil « inadapté ». « Cette certification va aboutir à mettre en place des mesures contradictoires à la Pac » de 2003, prévient Régis Hochart, porte-parole de la Confédération paysanne. « C’est un château de sable ». Critiquant la méthode du ministère, il plaide pour une réflexion sur les objectifs assignés à la Pac, qui doit être un préalable à la mise en œuvre d’une certification. C’est l’objet des assises de l’agriculture dont Regis Hochart regrette le calendrier expéditif. Décider les orientations de l’agriculture française au pas de course dans le seul but « de couper l’herbe sous le pied du Grenelle » n’est pas du goût du leader syndical. La certification des exploitation agricole c’est le « dada » de Michel Barnier et le « bébé » de Luc Guyau, président de l’APCA, s’amuse François Lucas.
Sans complexe
Justement, Didier Marteau au nom des chambres d’agriculture, défend, dans le cadre du Grenelle, la certification des exploitations agricoles sans complexe. Dès la fin juillet, Luc Guyau président de l’APCA, présentait à la presse les propositions des chambres d’agriculture qui mentionnait notamment « la généralisation de la certification des exploitations agricoles, en s’appuyant sur le socle de l’agriculture raisonnée et en renforçant les exigences favorables à l’environnement et aux attentes de la société ». Aujourd’hui, Didier Marteau, parle de la « création d’une démarche vertueuse qualifiante pour les exploitations ». Cette ambition passe par différents points : l’harmonisation et la simplification des démarches existantes ; l’engagement d’un maximum d’agriculteur ; la définition d’étapes successives, la valorisation par un étiquetage d’un prix rémunérateur et la prise en compte des différents systèmes de certification existants notamment pour limiter les contrôles conditionnalité. Fer de lance des défenseurs de la certification, les chambres agriculture pourraient, d’après le projet du ministère de l’Agriculture, délivrer une « attestation » aux agriculteurs rentrant dans le processus. Elles seraient « agréées » dans ce but. De quoi rassurer les chambres d’agriculture sur leur mission de service public dans un contexte de plus en plus concurrentiel.