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Sanitaire Un trafic de viande de cheval démantelé en Europe

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Un trafic de viande de cheval impropre à la consommation humaine a été démantelé par Eurojust, unité de coopération judiciaire de l'Union européenne, au sein de sept pays de l'UE. Les animaux étaient abattus en France, probablement du côté de Marseille. L'enquête dure depuis deux ans et révèle un problème de santé publique à grande échelle.

Le 24 avril, l'unité de coopération judiciaire de l'Union européenne (Eurojust) a annoncé le démantèlement d'un réseau de trafic de viande de cheval au sein de sept pays de l'Union européenne dont la France. La Belgique, d'où est originaire le chef présumé du réseau, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont participé à l'opération qui s'étend jusqu'en Irlande et au Luxembourg. D'après Eurojust, près de 4 700 chevaux ne disposant pas des certificats sanitaires nécessaires, ont été abattus entre 2010 et 2013. Ils ont ainsi intégré la chaîne agroalimentaire européenne alors qu'ils ne présentaient pas les qualifications requises. Originaires de la filière loisir (courses, compétitions…), ils ont pu ingérer des médicaments rendant leur viande impropre à la consommation. Pour le vétérinaire Michel Martin-Sisteron, adjoint au président du Conseil de l'ordre des vétérinaires et en charge notamment des affaires judiciaires, « il ne faut pas faire d'amalgame » entre cette fraude et le scandale de la viande de cheval de 2013 (Horsegate) où il y avait eu tromperie du consommateur mais sans problématique de santé publique.

Un problème de santé publique

Au-delà d'une possible tromperie du consommateur, « ici, il s'agit surtout d'un problème de santé publique », car les chevaux ont pu absorber des « médicaments rendant la viande impropre à la consommation ». Il cite le phénylbutazone, anti-inflammatoire aisément utilisé dans la filière cheval de loisir (boiterie, mal de dos, etc). D'après l'AFP, les chevaux étaient acheminés depuis plusieurs pays européens vers des abattoirs du sud de la France, notamment à Marseille, selon une source judiciaire belge. Une source judiciaire française a, elle, évoqué des abattoirs situés dans un département autour cette grande ville française, sans plus de précisions. En France, toujours selon l'AFP, dix interpellations ont eu lieu, le 26 avril, dans le département des Ardennes, dont des maquignons et trois vétérinaires. Des suspects ont aussi été interpellés en Allemagne et aux Pays-Bas, où trois personnes ont été arrêtées dans le cadre d'une quinzaine de perquisitions. Pour l'heure, en Europe, vingt-six suspects ont été arrêtés au total. L'identification de tous les chevaux en France est obligatoire depuis 2008 par une puce électronique et un livret signalétique, accompagné d'un feuillet médicamenteux. Ce sont ces éléments d'identification qui ont été modifié afin de faire retourner « dans la filière bouchère des animaux qui en étaient sortis », selon Michel Martin-Sisteron.

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Maquignons et vétérinaires mis en cause

« Aujourd'hui, les chevaux naissent systématiquement dans la filière bouchère », continue-t-il. Le propriétaire ou l'injection de certains médicaments pourront l'en faire sortir. Il ne sera alors plus jamais possible d'abattre l'animal pour sa viande. Mais un cheval d'âge (20 ans) coûte cher à entretenir, avec une utilité souvent réduite et une durée de vie encore longue (10-15 ans). De même, la valeur bouchère d'un animal (500 à 700 €) correspond aux frais d'équarrissage et d'euthanasie de l'animal. La possibilité de refaire rentrer le cheval dans la filière bouchère permet donc de gagner sur les deux tableaux : éviter les frais d'équarrissage et gagner un minimum d'argent. Mais cela reste illégal. Ce ne sont pas forcément les propriétaires qui sont à l'origine de cette réorientation. Parfois, ils auront confiés gratuitement leur cheval à une association ou autre, pour une retraite aux prés, qui se finira à l'abattoir sans qu'ils en soient informés. « Nous ne savons pas encore ce que nous allons découvrir dans cette affaire », reconnaît Michel Martin-Sisteron, même si l'enquête dure depuis presque deux ans. Le Conseil de l'ordre des vétérinaires se portera partie civile. Plus de 800 livrets signalétiques ont été saisis lors des perquisitions. L'enquête révélera si ces documents ont été falsifiés ou contrefaits. Les services vétérinaires vont par ailleurs examiner plus de 200 chevaux découverts lors des interventions.

Un contexte qui favorise les fraudes sur le marché de la viande de cheval

« Le manque d'une base de données unique et centralisée au niveau européen (qui existe en France), l'économie peu porteuse du moment rendant la gestion de la fin de vie des chevaux difficile à supporter par les particuliers, le manque de solutions annexes de type maison de retraite et le coût de ces solutions pour les équidés, la demande non satisfaite en viande de cheval et le peu de reconnaissance du rôle de vétérinaire sanitaire dans la filière équine tend à favoriser fraudes et escroquerie par des personnes peu scrupuleuses du monde du cheval », estime Jean-Yves Gauchot, vétérinaire et président de l'Association vétérinaire équine de France (AVEF). Pourtant, notamment du fait du scandale du Horsegate, la règlementation a été renforcée au mois de janvier dernier, interdisant l'entrée aux abattoirs de plusieurs catégories de chevaux « ne remplissant pas les critères d'une traçabilité sans faille et pour lesquels il n'existe pas toujours de solution en fin de vie ». Il constate cependant que « la règlementation n'est pas aussi stricte pour le cas de chevaux importés de pays tiers pour abattage ». Mais « des pistes d'évolution du système en adéquation avec la règlementation sont en cours d'étude en France », conclut-il.