Le Ceta, accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, fait l’unanimité au sein de la profession agricole et de nombreuses associations. Tous le refusent, mettant en avant un risque de fragilisation du secteur agricole européen et français.
Le 20 septembre, à la veille de son entrée en application provisoire, la FNSEA, les Jeunes agriculteurs et la Confédération paysanne ont rappelé, chacun par communiqué, leur refus du Ceta, accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe. La Coordination rurale avait fait également part de ce refus dans un communiqué du 15 septembre. Tous dénoncent un accord destructeur pour l’agriculture. Peu de temps auparavant, le 18 septembre, 49 organisations demandaient au président de la République « d’exiger à Bruxelles la suspension de l’application provisoire du Ceta ». L’opposition au Ceta « rassemble, bien au-delà de certaines divergences de point de vue », relevaient les associations.
Parmi les organisations, se trouvaient par exemple Interbev, Food Watch ou encore le Réseau action climat France. Le 21 septembre, l’entrée en vigueur du Ceta entraîne la suppression immédiate de 92,2 % des droits de douane agricoles exceptés pour certains produits reconnus sensibles comme la volaille et les œufs (exclus de l’accord), la viande bovine, porcine, le blé tendre et le maïs doux (persistance de contingents). La profession agricole française dénonce des contingents trop élevés dans un contexte où l’élevage est déjà en difficulté et surtout l’arrivée sur le marché de produits aux normes sanitaires différentes. « Demain l’Europe, la France, importeront des produits alimentaires ayant bénéficié, dans leur mode de production, de 46 molécules interdites aujourd’hui sur le territoire européen. Catastrophique ! » a fait observer la FNSEA le 20 septembre.
Un impact négatif sur l’agriculture
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Le 20 septembre, Attac présentait à l’Assemblée nationale, dans une conférence de presse soutenue par trois députés, Clémentine Autain (LFI), Jean-Paul Lecoq (PCF) et Marietta Karamanli (Nouvelle gauche), un rapport dénonçant les effets négatifs sur l’agriculture, l’environnement et l’économie de l’accord. Ce rapport a été également porté par les Amis de la Terre, Aitec (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs), les Économistes atterrés et le Corporate Europe Observatory. Concernant l’agriculture, le risque concerne la standardisation des normes, la mise à mal du principe de précaution ou encore le renforcement du pouvoir de certaines multinationales agroalimentaires face au gouvernement. Le débat juridique concernant les « nouveaux OGM » risque aussi d’être influencé par cet accord, selon le rapport. L’accord pourrait aussi « retarder et affaiblir toutes les initiatives de l’UE visant à limiter la présence des pesticides dans l’alimentation ».
De plus, « le grand absent du Ceta est le climat », soulignent les associations. Cet accord « promeut et organise la libéralisation du secteur de l’énergie fossile », ce qui va à l’encontre de la réduction du carbone dans l’atmosphère. Sur le plan purement économique, « il est impossible de conclure, comme le font certains économistes et la Commission européenne, que l’impact macroéconomique du Ceta sera favorable », du fait de la méthode utilisée. Et de préciser : « Outre la menace directe pour des milliers d’emplois dans l’agriculture familiale en Europe, cette concurrence croissante risque d’entraîner l’abandon de centaines de milliers d’hectares de prairies de pâture ou de fauche, qui sont des réservoirs de carbone dans les sols ».