La conférence « Qui va nourrir le monde ? », organisée par la présidence française de l’UE le 3 juillet au Parlement européen, a réuni des experts et dirigeants politiques du monde entier afin de proposer des solutions à la crise alimentaire. Les intervenants ont admis que répondre à la crise signifiait faire face à de nombreux défis, comme la désertification, les changements climatiques, la pénurie d‘eau, les atteintes à la biodiversité (disparition des insectes pollinisateurs), la pollution engendrée par les activités agricoles, l’augmentation des prix des matières premières etc. Pour réussir à nourrir les quelque neuf milliards d’individus que la planète abritera en 2050, il semble indispensable d’améliorer les connaissances agronomiques actuelles et de prévoir des évolutions techniques profondes dans l’agriculture.
Une partie du problème, ont révélé plusieurs intervenants dont Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, réside dans le fait que l’agriculture a été laissée de côté par les gouvernements ces vingt dernières années. Cela se révèle particulièrement préoccupant dans certains pays en développement qui se sont abstenus d’investir dans un secteur qui occupe pourtant parfois près de 80 % de leur population. Malgré cela, la Commission de Bruxelles rencontre aujourd’hui encore des difficultés à convaincre certains pays de faire du secteur agricole une de leurs priorités, alors que toute une structure d’approvisionnement doit être recréée, souligne Louis Michel, commissaire européen en charge du développement et de l’aide humanitaire.
La crise alimentaire couve depuis quatre ou cinq ans, selon Michel Griffon, directeur national adjoint de l’Agence nationale pour la recherche française. Les causes en sont nombreuses, comme l’augmentation de la demande et l’essor des biocarburants, ainsi que des circonstances climatiques extrêmes, mais leur particularité réside dans leur simultanéité.
L’important est de trouver des solutions à court et à long terme, a souligné Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne à l’agriculture. Les populations doivent pouvoir se nourrir chez elles et la production alimentaire mondiale doit croître. Certaines mesures prévues par le bilan de santé de la Pac sont donc particulièrement appropriées, comme la fin des quotas laitiers qui permettra une augmentation de la production laitière.
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Le directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, Joachim von Braun, plaide quant à lui en faveur de l’autosuffisance des pays africains. Cette solution ne plaît pourtant pas à tous. Louis Michel craint par exemple qu’à long terme, elle ne conduise à la fermeture des marchés. Il se montre par ailleurs totalement opposé à la création d’un nouveau fonds alimentaire mondial.
« L’Europe ne peut pas tout financer à elle seule », a-t-il aussi rappelé, invitant d’autres bailleurs de fond à se manifester.
Pour Michel Barnier, le ministre français de l’agriculture, il n’existe pas de réponse unique. Cependant, il souhaite fournir une aide aux pays en développement en les encourageant à produire davantage pour leur propre consommation mais sans pour autant cesser de produire pour l’exportation. Le ministre estime de plus que ces pays ont intérêt à produire en commun, à jouer sur la régionalisation plutôt que se replier sur eux-mêmes. Il s’agit de « conceptualiser une stratégie régionale de production ». Il suggère que l’Europe participe à la construction d’un partenariat de région à région, en prenant garde au partage des terres entre la production alimentaire et de biocarburants.
« Il faut maintenant faire glisser le débat vers l’action », a conclu Ngozi Okonjo Iweala, directrice à la Banque mondiale, en rappelant que si l’Afrique a sans nul doute la capacité de se nourrir seule, pour l’instant à peine 40 % de ses terres arables sont exploitées.